Présentation

Lundi 20 mars 2006

INTRODUCTION

A l'origine, la légitimité du chef d'entreprise reposait sur la détention du capital. Le patron était souvent le propriétaire, et ses héritiers lui succédaient. (Notons au passage que les héritiers ne réussissent pas forcément plus mal que leurs pères, contrairement à une idée reçue. Edouard Michelin, auquel son père avait laissé quelques chantiers délicats, s'en sort plutôt bien, Frank Riboud, fils d'Antoine, également, et Martin Bouygues, fils de Francis, remarquablement.) Au cours du XXe siècle, cette légitimité liée au capital a fait place à la légitimité technicienne. On a vu apparaître le patron salarié, choisi pour ses savoir-faire professionnels (gestion rigoureuse, connaissance des marchés, etc.). Le management a supplanté le capital.

Aujourd'hui, le management s'efface comme critère de légitimité au profit du leadership. Le patron n'est pas forcément le plus compétent, le primus inter pares, mais c'est celui qui donne le sens de l'action à accomplir, attire les talents et maintient la cohésion des troupes. Il doit être capable de fédérer autour de lui des personnalités parfois opposées, dotées de talents divers, y compris des gens qui lui sont supérieurs en compétence ou en intelligence, et des gens qu'il n'a pas choisis. Pour faire réussir les autres, il faut évidemment un minimum de générosité et la capacité à déléguer...

Le leader n'est pas fait d'une essence particulière, c'est un homme comme les autres, avec sa personnalité. Inutile donc de chercher des recettes universelles derrière les réussites exemplaires...

Qu'est-ce qu'un leader ? Cela peut paraître une tautologie, mais, pour moi, c'est d'abord quelqu'un qui réussit et qui fait en sorte que ça se sache ! On aura beau être talentueux, compétent, fort ou courageux, si on veut s'imposer, il faut réussir. Et l'afficher. Car c'est d'abord l'opinion qui fait le leader. Prenez Lindsay Owen-Jones (L'Oréal) ou Jean-Martin Folz (PSA) ou encore Carlos Ghosn (Renault-Nissan). Ils auraient pu figurer dans votre galerie de portraits, ils sont de grands leaders avant tout parce qu'ils ont à leur actif de grandes réussites. Ils sont donc reconnus par tous. En revanche, la pérennité à la tête d'une entreprise ne me paraît pas un critère pertinent : on peut être mauvais et rester longtemps aux commandes, si les circonstances le permettent. La notoriété non plus : je ne m'étendrai pas sur les exemples récents de patrons coqueluches des médias qui ont mené leur entreprise à la catastrophe...

Rien n'est jamais acquis. L'environnement de l'entreprise est de plus en plus turbulent, et cela peut fragiliser la position de son dirigeant.

Selon moi, il y a autant de profils de leader que de patrons. A chacun son style. Chef de bande, gourou ou super-manager. Prenez Lindsay Owen-Jones : rien de commun avec François Dalle, si ce n'est peut-être l'obsession du terrain et la connaissance intime du client. Pourtant, il fait réussir la même entreprise. Et même mieux que son prédécesseur.

Autre idée reçue, celle selon laquelle on pourrait avoir du succès indéfiniment. Rien n'est plus faux. pour qu'il y ait des pics, il faut qu'il y ait des creux ! Quand les creux surviennent, il faut avoir assez de discernement pour distinguer entre les aléas du métier et ce qui vous incombe en propre. L'entreprise, c'est le risque. S'il n'y a pas de risque, il n'y a pas d'entreprise, et il n'est pas non plus nécessaire d'avoir des leaders !

Le propre du leader, c'est une claire vision du but. Et la capacité à la faire partager. Il faut dire où vous voulez aller et faire en sorte que les gens avec lesquels vous travaillez aient envie d'y aller avec vous. C'est moins facile qu'autrefois car l'environnement est de plus en plus turbulent, le changement de plus en plus rapide. On ne peut plus prolonger les courbes. Cela rend la situation du chef d'entreprise d'autant plus fragile, surtout si sa société est en Bourse. Auquel cas la sanction du marché est sans appel.

Qui dit marché dit commerce. Qui dit commerce dit guerre économique. Celle de l'acier, de la biotechnologie, du sportswear ou du charter. Une guerre où l'information remplace le fusil et le concurrent, l'ennemi. Qu'une entreprise meure et le champ de bataille est jonché de chômeurs... Or les sociétés françaises ne sont pas suffisamment armées pour recueillir l'information sans laquelle elles ne peuvent durablement assurer leur pérennité. Il n'y a pas aujourd'hui de politique française de l'intelligence économique. C'est en tout cas l'avis de Nicolas Sarkozy, ancien ministre de l'Intérieur, qui a clos sur cet aveu un colloque à l'Ecole militaire, organisé à Paris en décembre dernier. Cette autoflagellation publique fait suite au rapport alarmiste de Bernard Carayon, député UMP du Tarn. Au total, trente-huit propositions, qui devraient être mises en oeuvre courant 2004. Car la France compte bien ainsi rattraper son retard. Un « Monsieur Intelligence économique », Alain Juillet, qui vient d'être nommé, a aussitôt constitué un « cabinet de guerre » pour gagner des contrats stratégiques à l'étranger et fournir une protection aux sociétés françaises high-tech. Mais bon nombre d'experts regrettent que le gouvernement ne s'inspire pas suffisamment de bien d'autres méthodes pragmatiques des Américains, qui ont fait leurs preuves. Tour d'horizon des outils et des acteurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 19 mars 2006

LES ALLIANCES STRATEGIQUES_____________________________________

Une alliance confère un panorama des atouts stratégiques. Examinons alors les conditions de réussite, en se focalisant sur les compétences à développer et les pièges à éviter.

Tout d'abord, analysons les bénéfices stratégiques que peuvent procurer les alliances : elles peuvent favoriser une croissance rapide, aider à se défendre contre un concurrent agressif, faciliter un redressement, aider à réorganiser un portefeuille d'activité.

Les recommandations quant à la façon de gérer des alliances sont de dresser un bilan des compétences qu'il faut posséder pour les gérer avec succès et explorer simultanément les raisons d'échecs.

Parmi une production récente sur le sujet particulièrement abondante, une analyse très complète ainsi que des idées nouvelles sont portées sur ce thème qui reste encore mal défriché.

L'idée sans doute la plus novatrice développée est que certaines alliances servent à restructurer le portefeuille d'activités des entreprises qui les nouent. Yoshino et Rangan ont eu le mérite de montrer, exemples à l'appui, que les dirigeant disposent en fait avec les alliances d'un véritable levier pour redéfinir le périmètre de leurs activités. La transmission d’alliance permet en effet à un acteur de se désengager lentement et sans heurt d'un secteur d'activité alors que les alliances de développement lui permettent de pénétrer plus facilement sur un nouveau marché.

Grâce à des exemples fouillés, nous pouvons apporter des idées intéressantes sur le rôle que doivent jouer les dirigeants dans le développement et le fonctionnement de leurs alliances. On analyse également les problèmes auxquels sont confrontés les managers d'alliances et de joint-venture et montrent comment on peut désamorcer les conflits qui apparaissent bien souvent.

Enfin, nous pouvons proposer, en s'appuyant sur des cas concrets, un schéma d'organisation pour gérer une alliance.

Cependant nous pouvons souligner clairement qu'il existe plusieurs types d'alliances très différents.

Nous avons souvent l'impression qu'il existe un seul modèle d'alliance, une unique façon de s'organiser efficacement, et des difficultés de management que l'on rencontre dans tous les cas. Nous ne mettons pas assez en lumière la diversité des alliances. Ceci fragilise les analyses et oblige à amender constamment les conclusions. En effet, nous sommes contraints de montrer qu'une alliance de développement ne se gère pas comme une alliance de distribution, ni comme une alliance de restructuration.

Ce point est trop fondamental pour n'être traité que sous la forme de nuances. C'est d'ailleurs en partant de cette idée selon laquelle il existe quelques grands types d'alliances, correspondant à des objectifs stratégiques différents, présentant des caractéristiques contrastées, et, par voie de conséquence, devant être gérés de manière adaptée, qu'est soutenu mon analyse. Je montre que nous ne pouvons pas aborder toutes les alliances de la même façon et qu'il n'est pas pensable de toujours adopter le même modèle d'organisation et de suivre les mêmes processus de fonctionnement. En effet, l'organisation, le choix des hommes et des procédures doivent être adaptés à l'objectif poursuivi et au type d'alliance.

 

 

 

L'AVANTAGE DES ALLIANCES_________________________________________

Face à la mondialisation de l'économie et l'accélération de l'innovation technologique, l'entreprise ne peut plus rester isolée.

Pour pénétrer de nouveaux marchés, lancer des produits complexes ou acquérir de nouvelles compétences, l'entreprise doit conclure des alliances au cœur même de son métier.

Il faut clarifier les opportunités en proposant un modèle d'analyse de la valeur ajoutée d'une alliance, puis examiner en détail les points critiques à la conception d'une alliance réussie.

J'apporte une nouvelle dimension au sujet et ce dans trois domaines. Tout d'abord, j'identifie les problèmes auxquels le manager est confronté dans le cadre d'une alliance stratégique. Ensuite, je propose au manager des approches pour résoudre ces problèmes. Enfin, je met à la disposition du manager des check-lists de questions lui permettant d'évaluer à la fois l'intérêt d'une alliance et la capacité de l'entreprise à s'engager avec succès dans une démarche d'alliance.

Ma démarche est construite autour d'études de cas d'alliances bien connues et bien documentées. On pourra reconnaître des études de cas utilisées à l'INSEAD, à Harvard Business School, IMD et London Business School.

Je vous explique tout d'abord pourquoi les alliances stratégiques sont devenues indispensables, dans un contexte de mondialisation et de course à l'innovation technologique. J'explore aussi les questions que posent au manager la négociation et la conception d'une alliance : L'alliance sera-t-elle créatrice de valeur ? L'alliance durera-t-elle suffisamment longtemps pour dégager de la valeur ? Comment les managers peuvent-ils assurer sa pérennité ? Comment les entreprises partenaires peuvent-elles surmonter les inévitables conflits qui vont survenir ? etc.

Je développe deux idées centrales. Tout d'abord, le succès de l'alliance repose en grande partie sur une approche bien comprise et équilibrée de la création de valeur par les partenaires. Ensuite, les managers doivent adopter un nouvel état d'esprit qui leur permette de faire coexister coopération et concurrence. Sur ce dernier point, un certain nombre de suggestions est fait sur la façon de configurer et de gérer l'alliance de manière à minimiser les conflits et à encourager la coopération : définition du périmètre opérationnel de l'alliance, valorisation des contributions des partenaires, mise en place de mécanismes de pilotage de l'alliance, etc.

Pour les managers avides de boîtes à outils, il faut regrouper l'ensemble des questions que le manager doit considérer et instruire pour planifier, concevoir et gérer une alliance stratégique. Poser la bonne question étant la moitié du travail dans la plupart des problématiques de management, une telle liste devrait faciliter la vie des managers pressés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CREER LA CONFIANCE AU SEIN D'UNE ALLIANCE_____

Jordan D. Lewis, auteur de l’ouvrage ‘Trusted Partners’, développe un ingrédient clé du succès des alliances : l'instauration d'une confiance réciproque solide entre les partenaires.

Il n'est plus d'entreprise aujourd'hui qui envisage son activité sans s'appuyer sur des alliances. Pourtant, les alliances génèrent très souvent un sentiment de frustration, lorsqu'elles n'aboutissent pas à un échec pur et simple. Les échecs viennent très souvent de ce que les entreprises considèrent l'alliance comme simple transaction commerciale. Les partenaires se contentent alors de remplir leurs obligations, mais ne parviennent pas à tirer tout le parti possible de l'alliance.

Contre ce risque d'échec, soulignons l'importance de la confiance pour la réussite d'une alliance, et invitons les entreprises à consacrer plus d'efforts à l'instauration de celle-ci. A cet effet,
Jordan je recommande notamment de clarifier les objectifs communs, de miser sur les relations personnelles, de bien choisir son organisation, d’anticiper le futur fonctionnement de l'alliance.

Si vous voulez apprendre des choses sur le ski, parlez à Jean-Claude Killy. Pour le football, à Pelé. Pour le basket-ball, à Michael Jordan. Si vous voulez en savoir plus sur les alliances ou autres partenariats, adressez-vous à Jordan Lewis.

Dans "Trusted Partners", J. Lewis nous fait voyager au cœur même de partenariats entre différentes organisations. Il nous révèle l'importance de la confiance pour faire fonctionner ces relations à fort enjeu. Ce livre est un "must" pour quiconque est impliqué, pour son entreprise, dans une relation sérieuse avec une autre organisation. Sa grande force tient à la connaissance approfondie dont l'auteur fait preuve sur la façon de construire une alliance. Une compréhension qui s'est forgée tout au long des nombreuses années pendant lesquelles l'auteur a conseillé les entreprises sur la façon de bâtir une alliance durable. Autrement dit, J. Lewis sait de quoi il parle !

Pourquoi l'activité "imprimantes laser" de Hewlett-Packard jouit d'un tel succès ? Découvrez son alliance avec Canon, qui en fabrique les moteurs. Vous aimeriez en savoir plus sur la façon dont ABB et Ford ont conçu ensemble la nouvelle usine de peinture de Ford ? Sur le partenariat Procter & Gamble / Walmart ? Sur la relation entre Kodak et IBM pour la gestion de ses opérations de manipulation de données ? Sur l'alliance globale entre les géants du transport Maersk et Sealand ?

De façon évidente, de nombreux facteurs contribuent à construire une alliance avec succès. Cependant, sans confiance, cette relation est vouée à l'échec. D'un autre côté, dans le cas d'une forte confiance réciproque, combiner ses efforts peut procurer des bénéfices énormes.

Imaginez que vous êtes un fournisseur. Imaginez que le PDG de votre client annonce publiquement à ses équipes : "je vous demande de faire en sorte que le fournisseur (votre société) fasse un profit." Vous savez dès lors que vous ne parlez pas à un adversaire, qu'i ne s'agit pas d'une transaction où chacun cherchera à accroître sa part du gâteau. Ne consacreriez-vous pas un peu plus de temps et d'effort pour ce client ? N'y engageriez-vous pas vos meilleurs éléments ? Et si vous réalisiez le projet dans les délais et dans les budgets, seriez-vous surpris si ce client faisait de nouveau appel à vous ? C'est exactement ce qui s'est passé avec Ford et ABB.

Et nous ne parlons pas uniquement des relations entre client et fournisseur. Jordan D. Lewis nous fait découvrir le monde des alliances entre rivaux, comment construire la confiance entre différents groupes au sein d'une même organisation, ou encore le rôle de la confiance pour réussir une fusion ou une acquisition.

Le schéma cadre proposé n'est pas d'une précision scientifique. Il revient de fait à identifier les conditions de la confiance, et les pratiques qui la font naître. L'auteur nous propose un cadre, ainsi qu'un guide pratique et une série d'outils pour bâtir la confiance. Si vous êtes impliqué dans une alliance, comme la plupart des entreprises dans le monde découvrent aujourd'hui qu'elles doivent l'être, alors lisez Trusted Partners ! Et commencez dès aujourd'hui à mettre en œuvre les sages conseils de J. Lewis.

 

 

 

TIRER LES LECONS DU SUCCES DES MEILLEURES SOCIETES DE LOGICIEL___

De nombreux secteurs d'activité connaissent aujourd'hui une croissance accélérée. Ce phénomène est particulièrement marqué dans l'industrie du logiciel. Analysons les raisons du succès des sociétés de logiciel les plus performantes.

Les sociétés d'édition de logiciels performantes ont su développer des modes de management innovants : méthodes de recrutement originales, constitution d'un réseau de partenaires parfois concurrents, marketing particulièrement agressif, etc.

Tirons ainsi des leçons dont pourront s'inspirer de nombreuses entreprises de secteurs plus traditionnels, touchées elles aussi par la croissance.

"Secrets of Software Success" est un must pour tous les managers. C'est l'un des meilleurs livres sur l'industrie des logiciels. Aujourd'hui, beaucoup ont tendance à oublier que les logiciels sont au cœur de l'activité Internet, qu'ils sont la "colonne vertébrale" de secteurs tels que la banque, les compagnies aériennes ou l'édition, et qu'ils sont un constituant de plus en plus essentiel de produits de consommation tels que les postes de télévision, les appareils photo, les voitures ou le téléphone portable. Grâce aux logiciels, les entreprises peuvent exploiter de nouveaux canaux de distribution, créer de nouveaux produits et proposer des services différenciés à leurs clients. Les logiciels sont donc au cœur de la stratégie d'entreprise.

Pour tirer parti du potentiel stratégique des logiciels, les entreprises sont confrontées à deux principaux défis. Tout d'abord, elles doivent apprendre à conduire de façon plus efficace les projets de développement de logiciels. Les histoires de dépassements spectaculaires de délais et de budgets de ces projets sont en effet légendaires. Ensuite, elles doivent apprendre à optimiser la valeur tirée des logiciels. Trop souvent, les investissements récurrents en technologies de l'information n'apportent que peu de bénéfices à l'organisation.

Un facteur de succès essentiel est la recherche ininterrompue des meilleurs talents. L'une des principales difficultés de ce secteur est que les leaders y sont "normalement exceptionnels" et les suiveurs rares. Mais contrairement à ce que l'on pense habituellement, un fort turnover a des côtés positifs, comme l'apport d'idées nouvelles ou une énergie renforcée. Sandro K. Lindner identifie ainsi plusieurs idées intéressantes pour gagner la guerre des talents du logiciel : rechercher des compétences dans le monde entier, partager une partie de la valeur créée avec ses employés, ou encore développer une culture d'entreprise particulièrement séduisante aux yeux de cette cible.

L'accent est mis sur la nécessité de s'associer à des partenaires pour gagner. On assiste ainsi à la naissance de nouvelles formes d'organisations, les "software webs", qui consistent en des milliers de partenariats informels mais très performants. Les sociétés les plus performantes ont en moyenne quatre fois plus de partenaires que les moins performantes. De tels partenariats rendent possible une croissance exponentielle, un facteur d'importance critique sur ce marché. Une observation particulièrement intéressante est que, bien que tous les partenaires de ces réseaux coopèrent de façon très proche pour développer une solution intégrée, ils n'en sont pas moins concurrents. En fait, cette très forte concurrence interne permet même souvent à ces réseaux d'accroître leur compétitivité.

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Dimanche 19 mars 2006

Le Projet Delta_________________________________________

Il y a plus de 20 ans, Michael Porter promouvait un modèle stratégique fondé sur l'offre du meilleur produit. Depuis, d'autres écoles ont vu le jour. ‘Le Projet Delta’ met ces différentes approches en perspective. Il montre les écarts de performance entre les différentes options stratégiques, et souligne la nécessité de mettre en cohérence les pratiques opérationnelles avec la stratégie retenue.

‘Le Projet Delta’ fait figure de référence en matière d'analyse stratégique. Il s'inscrit ainsi dans la lignée des publications de l'un de ses deux auteurs, Arnoldo C. Hax, un maître reconnu de la stratégie, et en particulier de ‘The Strategy Concept & Process’, co-écrit avec Nicolas S. Majluf.

Le grand mérite de cet ouvrage est de ne pas chercher à faire table rase des concepts et modèles existants, mais au contraire de construire sur ce qui est déjà acquis en poussant l'analyse un cran plus loin. Les auteurs étudient et critiquent de façon très constructive les outils traditionnels, notamment dans la perspective de la soi-disant "nouvelle économie". Ils remettent en question la prédominance des théories de Michael Porter, qui mettaient l'accent exclusivement sur la confrontation avec les concurrents. Paradoxalement, lorsque la concurrence s'accroît, ce qui semble être le cas dans la plupart des secteurs aujourd'hui, la meilleure façon d'aborder sa stratégie n'est pas d'affronter la concurrence mais de rediriger son attention dans la direction de la création de valeur pour les clients. La seule piste pour une stratégie performante à long terme est en effet de privilégier la création de valeur à la captation de valeur.

Certes, si l'on se place dans cette perspective, d'autres modèles stratégiques ont déjà été élaborés pour envisager la stratégie au-delà du jeu concurrentiel. Je pense en particulier à ‘Co-opetition’ d'Adam Brandenburger et Barry Nalebuff, qui montrait comment redéfinir le jeu concurrentiel. Nouer des alliances avec des partenaires n'est pas non plus une nouveauté. Mais le grand intérêt de cet ouvrage est de parvenir à intégrer tous ces outils dans un modèle cohérent. Une approche tout à fait louable à une époque où les idées passent de mode à une vitesse déraisonnable, et où l'on a trop tendance à se référer à la mode du jour.

Une autre vertu de Projet Delta est de combiner une démarche académiquement fondée et une approche pragmatique. On ne se contente pas d'analyser les différents concepts stratégiques. On pousse l'analyse jusqu'à étudier leurs implications en termes de mise en œuvre, de processus à développer et de systèmes de mesure à mettre en place.

Sa force est aussi sa limite, néanmoins. Tout d'abord, le style de l'ouvrage se rapproche souvent de celui des consultants, qui ont trop souvent tendance à réduire la réalité au modèle présenté. Le modèle prend ici parfois le premier plan au détriment de la réflexion stratégique qui le sous-tend. D'autre part, tenter de réduire la stratégie à un modèle simple est toujours une gageure. Alors même que le fondement de la stratégie est de trouver une façon unique et inimitable de se distinguer dans le marché, peut-on vraiment la réduire à un modèle standard ?

 

 

 

 

 

 

 

La Migration de la Valeur _________________________________

Proposons un cadre conceptuel pour anticiper l'évolution des modèles gagnants au sein d'une industrie, montrons que l'on observe dans tous les secteurs des phénomènes de "migration de valeur" depuis le modèle d'organisation dominant du moment vers des modèles alternatifs émergents et proposons une méthodologie pour identifier ces phénomènes afin d'y réagir au mieux.

Certains font partie d'une nouvelle génération de la pensée stratégique. Alors que les années quatre vingt ont été dominées par ce que l'on a appelé la stratégie fondée sur les ressources, il existe depuis quelque temps une remise en question de cette approche. Cette nouvelle approche réhabilite l'innovation concurrentielle et la valeur ajoutée pour le client comme moteurs principaux du succès.

L'argument est simple. Nous constatons qu'au fil du temps la valeur des entreprises, définie comme valeur boursière ramenée au chiffre d'affaires, dans une industrie donnée tend à diminuer. En d'autres termes, il faut toujours plus de chiffre d'affaires pour générer de la valeur. Ce phénomène entropique est notamment induit par les leaders de l'industrie qui se reposent sur leurs lauriers et ne cherchent à remettre en question ni leurs modes de fonctionnement ni leur système de gestion. De nouveaux venus identifient des besoins nouveaux et profitent de technologies novatrices pour recréer de la valeur. La migration de la valeur est donc à la fois un phénomène dû à la modification des priorités des clients, à l'innovation technologique et au changement des règles du jeu concurrentiel. Une approche stratégique purement limitée à la conquête d'avantages concurrentiels sans une recherche continuelle de solutions nouvelles pour satisfaire les clients conduit à un appauvrissement général de l'ensemble des concurrents. Il est essentiel d'anticiper les besoins nouveaux et les solutions nouvelles et de reconcevoir son "architecture d'entreprise" ("business design") pour reconquérir une profitabilité qui s'érode. Cela implique une veille permanente qu’on compare à un écran radar ainsi qu'une capacité à repenser les systèmes de fonctionnement, les schémas de pensée interne à l'entreprise de telle sorte que celle-ci puisse se reconfigurer et, ainsi, créer de la valeur.

Cette façon de voir souligne la nécessité pour l'entreprise de concevoir un système d'entreprise différencié, conçu pour offrir aux clients des solutions valorisantes. Suite à la recherche effrénée de réductions de coûts à travers des opérations dites de "reengineering", les entreprises qui avaient oublié que la stratégie est avant tout une démarche de conquête et d'innovation et non pas une pensée défensive se sont trouvées enfermées dans le cercle vicieux de l'appauvrissement. Rappelons que l'art de la guerre est avant tout fondé sur l'anticipation et non sur l'imitation.

 

 

 

 

 

 

 

La Mondialisation ________________________________________

Montrons comment la mondialisation peut conduire à repenser radicalement sa stratégie et donnons des clés pour imaginer la voie la plus prometteuse pour son entreprise.

La mondialisation est souvent citée comme facteur d'accroissement de la pression concurrentielle. Elle a aussi été longuement étudiée sous l'angle des rapprochements interculturels et de l'organisation. Mais curieusement, peu s'étaient jusqu'alors penchés sur ses implications stratégiques. Apportons une contribution majeure à ce sujet. Comment la prise en compte de l'enjeu de la mondialisation peut conduire à repenser radicalement sa stratégie ?

Le thème est particulièrement approprié à une période de l’histoire économique marquée par l’explosion d’Internet. L’industrie du Net  se caractérise en effet par l’importance d’arriver le premier sur un créneau et de le développer rapidement pour conserver l’avance prise face à des concurrents du monde entier. J'articule ma pensée autour de l’idée que tous les secteurs industriels seront tôt ou tard mondialisés et que toute entreprise qui veut survivre à la mondialisation n’a d’autre choix que d’être la première à s’imposer dans ses domaines d’activité.

Je m'appuie sur une excellente connaissance du sujet et du fonctionnement des multinationales pour étoffer mes propos, empruntés à une large variété d’industries - informatique, finance, télécommunication, agroalimentaire, etc. Je vous exhorte à agir pour mondialiser les activités de votre entreprise.

Sans proposer de concepts radicalement nouveaux, reformulons d’une façon adaptée à la mondialisation quelques principes fondamentaux de management fréquemment exposés dans d’autres contextes, tel que la différenciation comme facteur d’avantage compétitif. Ce faisant, une base d’information et de réflexion précieuse est apportée aux managers qui ne sont pas confrontés quotidiennement aux enjeux de la mondialisation.

Enfin, deux points forts sont à noter : les changements fondamentaux qui provoquent et accompagnent la mondialisation (la très forte disponibilité et mobilité des capitaux et les progrès foudroyants des technologies de l’information) ; et une conséquence primordiale est montrée: les facteurs clés de succès sont bouleversés ; les managers actifs dans la mondialisation de leur entreprise doivent donc abandonner les réflexes acquis dans le contexte passé de stratégies limitées par la géographie.

 

Le Manager : un ‘Problem Resolver’________________________

Pourquoi les japonais ont-ils submergé l'industrie automobile américaine ? Parce qu'ils ont décidé d'offrir du prix ET de la qualité, alors que leurs concurrents donnaient le choix entre des petits prix à faible qualité ou de la qualité à prix élevé. Dans la même logique, exhortons-nous à dépasser les dilemmes qui freinent notre performance et proposons une démarche pour parvenir à remplacer la tyrannie du OU par la réconciliation de ce qui paraît incompatible.

On nous présente désormais le manager comme un "problem resolver". Car il ne peut plus se contenter d'être un analyste ou un gestionnaire. C'est un fait acquis. Mais affirmer cela, c'est à la fois tout dire et ne rien dire. C'est tout dire, car il est vrai que les entreprises recrutent des hommes qui aiment s'attaquer à des défis. Et qui se montrent capables de les relever. Mais c'est aussi ne rien dire, car il existe de nombreuses nuances dans la résolution de problèmes.

Il est difficile d'être un "problem resolver" dans l'action, car il ne s'agit pas seulement d'être capable de trouver une solution à un enjeu, mais à plusieurs. En effet, on ne demande plus à un manager de savoir réduire les coûts ou améliorer la performance du produit. On lui demande d'agir pour que le produit soit moins cher et plus performant. Être un "problem resolver", c'est donc savoir trouver des solutions à des enjeux antinomiques que l'on croit par essence contradictoire et impossible à réconcilier.

Résoudre des dilemmes est en effet créateur de valeur. Mais attention, résoudre un dilemme ce n'est pas trouver un compromis. Ce n'est pas supprimer quelques fonctionnalités du produit qui intéressaient peu le client afin d'en réduire le coût. Non ! Résoudre un dilemme, c'est se montrer très créatif afin d'offrir à ses clients tous les avantages. Plus de performance, plus de fonctions et à un prix moindre.

Apprendre à raisonner en termes de dilemmes à résoudre est donc essentiel. Mais, cela demande d'adopter une façon de penser qui ne nous est pas familière. Il faut s'habituer à regarder son environnement comme un univers constitué d'enjeux antinomiques. Et que personne n'a su réconcilier jusqu'à présent.

 

 

 

 

 

 

 

Les Véritables Options___________________________________

Certains "investissements stratégiques" posent de véritables dilemmes : les projections économiques montrent une rentabilité médiocre, mais les dirigeants ne peuvent s'empêcher de ressentir intuitivement que le projet est porteur d'avenir. Les véritables options aident à réconcilier valorisation économique et intuition stratégique. En s'appuyant sur la théorie des options financières, montrons pourquoi les méthodes de valorisation traditionnelles sous-estiment parfois la véritable valeur d'un projet.

Les options sont omniprésentes. Par exemple, lorsqu'un groupe pharmaceutique développe un nouveau médicament, il acquiert l'option de le commercialiser : si les travaux n'aboutissent pas aux résultats escomptés, il peut décider d'interrompre les investissements.

Pourtant, il est fréquent d'omettre la valeur des options. L'analyse classique des investissements, qui se fonde sur une seule hypothèse de cash flows, revient à supposer que toutes les décisions sont prises dès le début du projet. Or, la possibilité de faire évoluer le projet en fonction des évolutions observées représente souvent une valeur importante, qui devrait être prise en compte dans les choix d'investissement.

On sait depuis longtemps que la capacité d'ajuster un investissement aux évolutions de la situation représente de la valeur. La plupart des manuels classiques sur la planification des investissements enseignent la méthode des arbres de décision. Celle-ci ressemble de très près à l'analyse binomiale utilisée pour valoriser les options. Mais le chiffrage d'une option ne nécessite pas d'hypothèses sur les probabilités de croissance ni le taux d'actualisation. Cela permet de procéder à une évaluation plus rigoureuse, sans dépendre d'hypothèses arbitraires.

Par exemple, supposez qu'une entreprise hésite entre un brûleur au gaz ou au pétrole. Quel surplus de prix serait justifié par un brûleur capable de fonctionner aux deux carburants ? Pour répondre à cette question, il faut prendre conscience que cela revient à acheter un brûleur à pétrole, assorti d'une option qui permettrait d'acheter le pétrole au prix du gaz lorsque le cours serait plus avantageux. Pour valoriser cette option, aucune donnée subjective n'est nécessaire : il suffit de connaître la volatilité du ratio du cours du pétrole sur celui du gaz.

Mais est-il si fréquent de pouvoir assimiler la situation à une option financière ? Dans les faits, beaucoup des incertitudes d'un investissement stratégique relèvent d'autres facteurs que la fluctuation d'un prix de marché : il s'agit plutôt de ce qu'on appelle un "risque privé", comme l'échec d'un projet de développement, ou l'entrée inattendue d'un concurrent.

Certes, certains "risques privés" peuvent être modélisés par référence à des risques de marché. Ainsi, on caractérise l'incertitude associée à la croissance d'un marché par référence à un portefeuille constitué des actions d'acteurs sur ce marché. Toutefois, la pertinence de cette référence est discutable : l'évolution des cours de ces actions reflète probablement d'autres anticipations que la seule évolution de la taille du marché.

J'expose clairement l'importance de prendre en compte la capacité d'ajustement lors des choix stratégiques. Mais il faut parallèlement être conscient qu'on "sur-vend" l'apport de la théorie des options par rapport à la méthode des arbres de décision : celui-ci peut parfois être important, mais est souvent marginal.

Enfin, au-delà de la théorie des options, la prise en compte du jeu concurrentiel peut s'avérer un angle d'analyse encore plus puissant. En effet, lorsqu'elle envisage un investissement, l'entreprise n'est pas la seule à disposer d'options : ses concurrents aussi. L'étude des interactions possibles - le domaine de la théorie des jeux - peut parfois fournir des enseignements aussi critiques pour apprécier la pertinence d'un investissement stratégique.

Par kantha - Publié dans : I. STRATEGIE
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Samedi 18 mars 2006

Les Relations Clients-Entreprises___________

La gestion du portefeuille de clients est fondée sur un principe simple : chaque client a une valeur pour l'entreprise qui peut être mesurée en termes de cash flows. L'entreprise doit donc chercher à développer son portefeuille autour des clients les plus rentables en mettant en oeuvre un marketing ciblé.

Pendant de nombreuses années, la pensée managériale a été académique et stratégique, dominée par le besoin de comprendre la structure de chaque industrie et de modéliser les positionnements des concurrents. Puis, confrontée aux difficultés économiques des entreprises, la pensée managériale est devenue plus opérationnelle, focalisée sur l'optimisation des processus, la réduction des coûts et le reengineering. Aujourd'hui, la tendance est à la redécouverte de l'importance du client et de la relation client-entreprise.

En effet, les relations clients-entreprises ont changé. Il n'est plus envisageable aujourd'hui de vendre anonymement des produits standards à un marché considéré comme homogène. De plus en plus, la notion de service remplace celle de produit et le client individuel se substitue aux marchés homogènes. Les entreprises ont de plus en plus besoin d'un marketing industriel sophistiqué et d'une stratégie centrée sur le client. Les nouvelles technologies permettent d'affiner toujours plus la connaissance individuelle des clients et de leurs besoins.

Les managers doivent changer de perspective et remettre le client au centre de l'entreprise. Au delà de la réaffirmation de cette vérité de base, l'originalité de l’approche consiste à chercher à réconcilier une stratégie centrée sur le client à une approche de valeur pour l'actionnaire. Une démarche qui a l'ambition de mesurer la valeur de chaque relation client de l'entreprise doit en effet être proposé, permettant ainsi de cibler les efforts sur les clients les plus profitables.

 

 

 

 

Strategies d’Innovation_________________________

L'innovation est traditionnellement reconnue comme essentielle pour le développement de l'entreprise. Mais dans les faits, il s'avère qu'elle n'est ni la seule voie, ni la plus efficace pour assurer la croissance. L'imitation peut être une approche plus sûre et plus rapide.

Après analyse des différents avantages liés à l'imitation en s'appuyant sur l'étude de cas concrets tirés de diverses industries, j'en déduis ensuite trois grandes stratégies d'imitation qui permettent aux imitateurs de s'imposer. De plus, cela montre que les imitateurs bénéficient souvent de la faiblesse financière des pionniers qui sont généralement de petites entreprises très orientées vers la technologie. Les imitateurs tirent parti également de l'absence ou de la faiblesse des protections juridiques du produit pionnier. Ces dernières remarques donnent des pistes de réflexion intéressantes pour les candidats à l'innovation.

L'innovation et l'imitation concernent aujourd'hui tout particulièrement les activités de service et les processus de production. De plus, les produits étudiés sont pratiquement tous destinés à la grande consommation. Qu'en est-il du "Business to Business" qui pose des problèmes passionnants de création/imitation, en particulier dans le cadre des partenariats verticaux ? Enfin, la plupart des cas traitent de problèmes de technologies "dures" dans des secteurs industriels en pleine évolution. Or on sait combien l'innovation peut être aussi souvent "douce", à caractère plus social que technologique. Et, précisément, les innovations sociales posent quant à elles des problèmes d'imitation bien spécifiques.

Les absences ci-dessus sont parfaitement compréhensibles dans la mesure où on a clairement défini un champ restreint pour une étude. En revanche, il est utile d'attirer l'attention sur deux faiblesses plus fondamentales:

La première concerne le point de vue conceptuel. On ignore tout d'abord la stratégie de développement de l'entreprise qui conditionne pourtant largement les choix entre innovation et imitation. On néglige d'autre part des concepts tout à fait fondamentaux qui font autorité en matière de sociologie du consommateur : quels sont les profils de ceux qui achètent de l'innovation ou, au contraire, de l'imitation et comment leurs attitudes évoluent-elles ?

La seconde, c'est que les investigations se sont strictement limitées à des journaux et revues nord-américains. Ceci constitue un biais important lorsqu'il s'agit par exemple de porter des jugements sur des industriels européens ou japonais.

 

 

 

L'exigence du choix_____________________________

L'ouvrage, The Discipline of Market Leaders’, exhorte les entreprises à clarifier leur choix d'offre de valeur aux clients. On peut identifier 3 grandes options : offrir le coût total le plus faible ; offrir le produit le plus performant ; offrir une solution spécifiquement adaptée aux besoins propres de chaque client. Nous montrons que chaque option nécessite une organisation adaptée, incompatible avec les 2 autres options d'offre de valeur.

‘Reengineering the Corporation’, de Michael Hammer et James Champy, avait connu un succès extraordinaire - et sûrement mérité. CSC Index, la société de conseil à laquelle appartenaient les auteurs, récidive avec L'exigence du choix’, de Michael Tracy et Fred Wiersema. Il s'agit, là encore, d'un travail de consultant de haut vol. Sur le fond, L'exigence du choix, se situe en amont de Reengineering the Corporation. En effet, il traite essentiellement de formulation de la stratégie, plutôt que d'organisation, même si les recommandations sur les structures correspondant aux différentes stratégies sont assez largement développées. Une des thèses de C.K. Prahalad était justement qu'avant de rechercher une efficacité maximale par le biais d'une réforme radicale de la structure, tout dirigeant d'entreprise devait commencer par remettre en cause ses choix stratégiques. Michael Tracy et Fred Wiersema renforcent ce point de vue et le renouvellent très intelligemment en prescrivant des choix stratégiques clairement tranchés et abondamment étayés.

C'est en revanche sur le plan conceptuel que ‘The Discipline of Market Leaders’ prête le flanc à la critique. En effet, sa contribution théorique par rapport aux grands classiques du genre, à savoir les ouvrages de Michael Porter, ‘Choix stratégiques et concurrence’ et ‘L'avantage compétitif’, qui traitent exactement de la même question, laisse le lecteur averti sur sa faim.


Dans
‘Choix stratégiques et concurrence’, Michael Porter nous apprend que tout choix stratégique ne peut être formulé que sur la base d'une analyse préalable de l'industrie et de la filière dans lesquelles évolue l'entreprise. L'auteur nous proposait un modèle, maintenant bien connu, d'analyse sectorielle. Il est dommage qu'en privilégiant une seule des composantes de ce modèle, le comportement client, Michael Tracy et Fred Wiersema négligent d'analyser les autres menaces que l'environnement fait peser sur l'entreprise.
’L'avantage compétitif’ distinguent trois stratégies génériques : "cost leadership", "differentiation" et "focus" Il est un peu décevant de constater que les trois "value disciplines" de L'exigence du choix, respectivement : "operational excellence", "product leadership" et "customer intimacy" ressemblent d'aussi près à ces trois stratégies déjà connues.

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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Samedi 18 mars 2006

Chercher la Croissance dans son Cœur de Métier____________

Présentons les principes fondamentaux d'une stratégie de croissance durable.

J'appuie mes travaux sur l'analyse des performances économiques d'environ 2000 entreprises, sur une période de 10 ans. Ma principale conclusion est que la croissance rentable repose avant tout sur l'exploitation du plein potentiel du cœur de métier de l'entreprise. Ce n'est qu'une fois ce potentiel pleinement atteint qu'il faut envisager des extensions d'activité, mais alors rigoureusement limitées à des métiers adjacents, permettant d'exploiter la position de force dans son cœur de métier.

Toute la difficulté pratique - et aussi la limite théorique de la démonstration - tient à la définition du métier cœur. On souligne que l'exercice est parfois très délicat - il suffit de penser à Vivendi ou General Electric.

Comme la plupart des approches qui veulent indiquer la voie vers la croissance rentable, celui-ci n'est sans doute pas la réponse définitive à la question. Mais il présente le grand intérêt d'examiner le problème sous un angle précis, analysé avec rigueur et détails. A ce titre, il constitue un guide très utile pour éclairer les réflexions stratégiques.

"Profit from the Core" est le dernier des innombrables articles et ouvrages qui endossent les thèses que publiait Ted Levitt il y a plus de 40 ans. L'auteur exhortait alors les entreprises à définir leur activité du point de vue du client. Et à l'adapter ensuite pour s'assurer une croissance rentable.

Pour autant, "Profit from the Core" mérite de s'ajouter à la bibliothèque de tout manager. Ceux qui s'approprieront les messages de ce livre ont de grandes chances de récolter les bénéfices de l'expérience des nombreuses entreprises étudiées par les auteurs. Mon souci est plutôt que les managers qui auront lu le livre risquent d'en ignorer le message, comme les générations précédentes l'ont fait.

Dans son essence, le message est simple et s'impose de lui-même : identifiez ce que vous êtes le seul à bien faire. Consolidez-le pour en faire la fondation de votre stratégie de croissance. Et cherchez ensuite des activités adjacentes dans lesquelles vous pourrez vous développer. Cette approche est utile à la fois pour des sociétés qui réussissent et souhaitent croître encore, et pour celles qui ont des difficultés et désirent retrouver la voie du profit.

Les managers devraient apprécier la subtilité avec laquelle les auteurs aident à définir son "cœur de métier". Ainsi, le marché de la location de voitures peut-il se diviser en plusieurs cœurs : Avis se spécialisant dans la location aux aéroports, Alamo dans le loisir, et Enterprise dans le remplacement par les assurances de voitures en réparation. Chacun trouvera certainement ce point de vue pertinent. On peut regretter cependant que les auteurs n'aient pas exploré en détail un sujet peut-être plus important : compte tenu des cœurs de métiers fondamentalement différents de ces entreprises, que pouvons nous dire de leur stratégie de croissance à venir ? Logiquement, Enterprise devrait renforcer ses liens avec les assureurs et les sociétés de réparation, par exemple en offrant d'autres produits de remplacement comme des télévisions ou des téléphones mobiles. Tandis qu'Alamo pourrait se lancer dans la location d'autres produits de loisirs comme les équipements de golf ou les skis. Les sociétés qui sauront explorer avec succès ces voies de croissance non intuitives devraient effectivement prospérer.

Ma plus grande critique est que nous n'abordons pas assez le rôle que les alliances et les partenariats peuvent jouer pour aider une entreprise à se focaliser sur son cœur de métier. Un cœur de métier fort fait de vous un partenaire potentiel intéressant. Cela peut vous aider à capter une part significative du "profit adjacent" sans vous exposer aux risques d'une expansion débridée.

Je recommande donc fortement à tout manager de faire siennes de ces idées. Mais je vous encourage aussi à vous demander pourquoi une idée si simple et si irrésistible est suivie par si peu d'entreprises. Les sociétés qui rencontrent le succès croient qu'elles peuvent se permettre de s'éloigner de leur cœur de métier. Et que celles qui cherchent désespérément la croissance croient qu'elles ne peuvent se permettre de rester dans leur cœur de métier. Les deux stratégies sont mauvaises, pour des raisons différentes. Laquelle choisirez-vous ?

 

 

 

 

Leaders de Plate-Forme__________________________________

Détenir le leadership technologique sur son secteur est une position enviable. Or, contrairement aux idées reçues, cette position est loin d'être réservée à l'assembleur du produit final.

Des fabricants de composants, comme Intel et Microsoft, ont su imposer leur rythme technologique à l'ensemble du secteur.

On peut fournir des éclairages intéressants sur des dilemmes stratégiques tels que le bon équilibre entre focalisation et diversification, ou la gestion de partenariats avec des concurrents potentiels.

L'ambition est de nous révéler comment Intel, Microsoft et Cisco ont construit leur réussite en devenant "leaders de plate-forme". La crise de la nouvelle économie et les déboires des perdants des batailles sur les instruments Internet donnent à cet ouvrage une grande actualité.

La qualité de mon analyse repose sur la rigueur de la recherche qui l'a nourri. Annabelle Gawer, aujourd'hui enseignante à l'INSEAD, a mené une recherche doctorale sur le cas Intel. De 1996 à 2000, A.Gawer a mené une étude approfondie au sein d'Intel, interrogeant quatre vingt dirigeants. Les données recueillies sont très riches. Les analyses et les conclusions, bien étayées, sont très intéressantes. Cette première recherche a été complétée et enrichie par A.Gawer et M.Cusumano avec les études des cas Microsoft, Cisco, Palm, NTT DoCoMo et Linux. Ils complètent le cas Intel et confortent les principaux résultats obtenus.

Dans la nouvelle économie, il faut une masse critique d'utilisateurs pour que la demande en produits de communication progresse de façon suffisante. Cela s'explique par des rendements fortement croissants avec les volumes de ventes. Or la théorie économique montre que dans un secteur ou les rendements sont fortement croissants, les entreprises qui veulent gagner doivent investir considérablement, s'endetter et il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur. L'intérêt de la recherche présentée est de proposer une stratégie de succès, limitant le poids des investissements, fondée sur l'interdépendance. Annabelle Gawer nous permet de comprendre comment les entreprises peuvent, en devenant "Platform leader", limiter leurs investissements tout en atteignant la taille critique.

La principale limite résulte du petit nombre de dirigeants directement concernés par la problématique. On peut s'interroger sur les enseignements de cette recherche pour les entreprises qui ne sont pas susceptibles de devenir "Platform Leader". Il me semble que Annabelle Gawer apporte des éléments de réflexion intéressants notamment sur la gestion des conflits de rôle (Comment être concurrent et partenaire ?). Les solutions retenues dans les cas examinés méritent d'être analysées. De même les choix en termes d'organisation interne retiendront l'attention de tous les managers.

 

 

 

 

 

La Zone de Profit________________________________________

David J. Morrison et Adrian J. Slywotzky décrivent en détail des cas d'entreprises qui ont su soutenir une croissance rentable sur de nombreuses années : Coca Cola, GE Plastics, Disney, Intel, etc. Ils nous montrent que leur succès repose sur une réinvention permanente des règles du jeu dans leur secteur et nous donnent des pistes pour s'inspirer de ces expériences.

’Value Migration’ démontrait un message fort, à savoir que la conquête d'un avantage concurrentiel ne suffit pas à créer de la valeur sur le long terme : pour maintenir sa profitabilité, il est indispensable de rechercher continuellement de nouvelles solutions pour mieux répondre aux besoins des clients.

La "fuite de valeur" des entreprises établies vers de nouveaux modèles, montrée dans Value Migration, n'est pas une fatalité : même des géants comme Coca-Cola, Disney ou General Electric ont su se "réinventer" de l'intérieur.

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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