100% Prévoyance____________________________________
Comment prendre en compte l'incertitude dans la planification stratégique ? Loin du "pari sur l'avenir" ou de la planification traditionnelle, Hugh Courtney, consultant chez McKinsey, nous propose de découvrir une démarche systématique qui fait de l'incertitude la pierre angulaire de la réflexion stratégique.
Pour circonscrire l'incertitude, Courtney nous engage à suivre une méthodologie rigoureuse : évaluer le type d'incertitude auquel on fait face ; en fonction du résultat, faire appel aux outils d'analyse adéquats ; déterminer la nature et le moment de la décision ; définir la stratégie de couverture du risque.
Les forces qui façonnent notre environnement concurrentiel seront certainement très différentes demain. De nouvelles technologies peuvent venir perturber le lancement coûteux d'un nouveau produit. Des changements réglementaires peuvent faire d'une acquisition un investissement en pure perte. Une évolution inattendue des marchés financiers peut faire soudainement passer son compte de résultat dans le rouge. Que doit faire un manager face à une telle incertitude ?
Certains renoncent purement et simplement à toute analyse rigoureuse et croisent les doigts. D'autres se rattachent fidèlement aux anciens modèles dans l'espoir que les estimations ainsi calculées feront l'affaire d'une façon ou d'une autre. Courtney propose une troisième voie. "Comprenez l'incertitude", plaide-t-il, et faites-en le pilier de votre planification stratégique. Bien que les outils et les concepts présentés dans cet ouvrage nous soient familiers, cette nouvelle façon de les analyser et de les relier entre eux s'avère d'une grande valeur.
En particulier, il distingue différents niveaux d'incertitude – de la clarté totale sur l'avenir à un panorama illimité d'issues possibles. Il les relie ensuite à des questions stratégiques fondamentales : Voulons-nous façonner notre environnement concurrentiel ou nous y adapter ? Devons-nous nous engager totalement dès maintenant ou pouvons-nous procéder par étapes mesurées ? Devons-nous concentrer nos efforts ou nous diversifier ?
Une immense vertu de Hugh Courtney est de ne pas prétendre résoudre ces questions par des formules toutes faites. Il reconnaît ainsi qu’il n’y a parfois pas d’autre solution que de faire un pari – c’est-à-dire mettre tous ses œufs dans le même panier, mais alors surveiller ensuite son panier avec beaucoup d'attention !
Parallèlement, il est clair et précis lorsqu’il indique à quels outils d'aide à la décision il faut avoir recours selon les circonstances. Il en va de même pour ses recommandations sur la nécessité ou non de se protéger face à l'incertitude, et sur le choix des stratégies de couverture.
Pour naviguer dans des eaux totalement inexplorées, Courtney renverse le processus d'analyse traditionnel. Au lieu de tenter d'identifier un chemin à partir de là où vous êtes, imaginez plutôt différentes destinations et déduisez-en "ce que vous devriez croire" sur l'avenir pour y arriver effectivement. Son approche présente l'avantage de bien mettre en lumière les points de décision importants ainsi que paramètres critiques qui gouvernent l’incertitude.
L'utilisation appropriée d’outils d'aide à la décision peut souvent réduire une partie de l'incertitude. En fonction de l'incertitude résiduelle, les managers peuvent alors raisonner par scénarios et plans de contingence. Dans d'autres cas, ils peuvent s’appuyer sur la théorie des portefeuilles financiers pour valoriser les différentes options stratégiques. Mais surtout, ils doivent en permanence actualiser et ré-optimiser leur stratégie. Dans un monde dynamique, la stratégie elle-même doit être dynamique.
Courtney illustre son propos d'exemples très utiles issus de son expérience de consultant chez McKinsey... même si dans ce domaine, il est difficile d’attribuer le succès obtenu à la qualité du choix effectué ! Tout comme pour les généraux dans l'armée, on peut préférer les managers qui ont de la chance à ceux qui ont de l'intelligence. Mais mieux encore, bien sûr, sont ceux qui ont les deux !
Gérer l’Incertitude______________________________________
L'incertitude fait partie du quotidien des entreprises. Paul J. H. Schoemaker nous alerte sur les pièges qui conduisent à mal la gérer : tendance à projeter le passé, confiance excessive dans ses prévisions, etc. Ces raisons expliquent de nombreux revers de situation et opportunités manquées. Il montre précisément comment s'appuyer sur la technique des scénarios pour bâtir la stratégie la plus à même de répondre aux enjeux de l'incertitude.
Paul J. H. Schoemaker conseille aux managers d'être proactifs dans leur façon de s'attaquer à l'incertitude : lui faire face en anticipant les nombreux avenirs qui pourraient éventuellement survenir, et développer dès maintenant les compétences et les stratégies qui assureront le succès "quoi qu'il arrive". A partir d'une série de mini études de cas et d'anecdotes, Schoemaker affirme que les entreprises qui appliquent la planification par scénarios dans des environnements turbulents s'en sortent bien mieux que celles qui ne le font pas.
Le concept de Schoemaker est fondé sur ses précédents travaux de et ceux des autres apôtres le la méthode des scénarios. Il défend que la planification par scénarios est le meilleur moyen pour gérer l'incertitude. En fait, on peut s'étonner que, dans le monde incertain que décrit Schoemaker, la planification par scénarios soit présentée comme une recette assurée de succès !
Je suis tout à fait d'accord avec l'idée que les entreprises doivent faire un authentique effort pour se prémunir contre des éventualités imprévues. En cela, la planification par scénarios constitue une avancée louable. Néanmoins, je tiens à alerter les managers sur un écueil : en élaborant leur stratégie sur la base de trop nombreux scénarios d'avenirs possibles, ils risquent de perdre de vue la recherche d'un avantage concurrentiel durable. En effet, la source d'un tel avantage réside dans les choix que fait l'entreprise. Quelles activités développer et, ce qui est plus important encore, auxquelles renoncer ? Quels segments de clientèle servir et lesquels ne pas servir ? Quelles technologies utiliser et lesquelles ne pas utiliser ? A quels besoins répondre et auxquels ne pas répondre ? etc. Un risque de la planification par scénarios est d'inciter à ne pas faire les choix marqués qui sont au coeur même de l'avantage concurrentiel. Une société de courtage de détail telle que Edward Jones aurait-elle dû se lancer dans le courtage en ligne ? Une analyse des scénarios conduite à la fin des années
Le Sixième Sens__________________________________________
En matière de gestion de l'incertitude, les entreprises font preuve de bien piètres compétences. Elles ont tendance à tomber dans différents pièges : conservatisme, conformisme, appel excessif à la logique, etc.
Ron Bradfield, Kees Van der Heijden, George Wright, George Cairns et George Burt suggèrent de s'appuyer sur la méthode des scénarios, développée à l'origine dans un contexte de stratégie militaire. Celle-ci permet non pas de prévoir l'avenir, mais d'apprendre à raisonner dans un environnement incertain et à se préparer à diverses éventualités. Ils présentent les facteurs clés de succès à respecter pour en faire un outil d'apprentissage permanent.
La survie d'une organisation dépend de son aptitude à reconnaître le changement et à s'y adapter avant que ses concurrents ne soient capables d'y répondre. Une stratégie qui repose sur des hypothèses statiques emprisonne les managers dans une vision du monde tel qu'il a été, et non tel qu'il pourrait devenir. Ron Bradfield, Kees Van der Heijden, George Wright, George Cairns et George Burt ressuscitent une vieille technique - la planification par scénarios - en tant qu'outil d'identification des forces du changement ainsi que comme moyen de changer les états d'esprit. Plus fondamentalement, raisonner par scénarios peut servir de catalyseur pour l'apprentissage organisationnel.
L'histoire de la planification par scénario remonte loin - au moins jusqu'aux exercices de jeux menés par le RAND Institute lors de la guerre froide et les initiatives sociales de Gaston Berger et du Centre d'Etudes Prospectives. Souvent, cependant, la planification par scénarios a été détournée en un simple instrument de prévision, une méthode pour générer les prédictions utilisées dans les modèles d'optimisation. Ron Bradfield, Kees Van der Heijden, George Wright, George Cairns et George Burt insistent sur le fait que la planification par scénarios n'a jamais eu la prétention de prévoir toutes les éventualités. Sa valeur est plutôt d'inciter les organisations à reconnaître l'incertitude à laquelle elles devront inévitablement faire face.
Cet argument n'est pas nouveau, bien sûr, mais ils apportent deux contributions importantes. Tout d'abord, ils identifient explicitement les barrières individuelles et organisationnelles à la "pensée latérale". En effet, ils prennent le soin de faire un catalogue complet des biais de la perception, des processus sociaux et des politiques institutionnelles qui restreignent la pensée créative. D'autre part, ils décrivent de façon très utile les différentes étapes d'exploration, d'analyse et de communication essentielles pour que la planification par scénarios ait un impact concret sur la stratégie de l'entreprise.
La méthode des scénarios ne doit pas être entreprise à la légère. Des participants représentant un éventail de fonctions doivent être impliqués, et une "personne remarquable" est requise - quelqu'un qui a suffisamment de courage et d'expertise pour remettre en cause la sagesse conventionnelle. Des études de cas illustrent le processus recommandé par les auteurs, remarquablement similaire à ce que font certains médiateurs talentueux lors de conflits complexes. Ici, cependant, le facilitateur externe utilise intentionnellement les scénarios pour créer les turbulences internes nécessaires pour faire jaillir la créativité et l'apprentissage.
Bien que Ron Bradfield, Kees Van der Heijden, George Wright, George Cairns et George Burt préconisent de casser l'apprentissage "à simple boucle" (mettre en cause les cadres et hypothèses tacites), ils ne font aucune référence aux travaux pionniers de Donald Schon et Chris Argyris, qui offrent pourtant un éclairage puissant et pratique. On ne trouve pas non plus de mention du courant de pensée émergent qu'est la prise de décision "naturaliste", même si elle fait appel aux mêmes principes pour donner un sens à une situation complexe. En fait, "l'adaptive learning", préconisé par Ron Bradfield, Kees Van der Heijden, George Wright, George Cairns et George Burt est une version macro de ce que l'on appelle la boucle OODA (observation-orientation-décision-action) que les pilotes de chasse utilisent en temps réel pour survivre en milieu hostile.
Gérer l’Imprévu_________________________________________
Réagir à l'imprévu est rarement un point fort de l'entreprise. Pour y remédier, je vous invite à vous inspirer des organisations réputées pour leur capacité de réaction aux évènements imprévus : porte-avions, centrales nucléaires, etc.
L’inattendu est vécu comme un souci permanent par les entreprises. Par exemple, on découvre soudain que la stratégie choisie se révèle mauvaise. Ou bien, on se trouve confronté à une déficience de la qualité des produits, qui ne s'était jamais manifestée jusqu'alors. Ou encore un événement mineur, jugé peu important sur le moment, dégénère en catastrophe (l’effet papillon). Or personne n'aime être confronté à des événements imprévus ou à des conséquences inattendues de ses actions. Les dirigeants comme les opérationnels sont ainsi tentés de les ignorer, ou tout au moins de négliger leur importance. Faute d'être traitée de façon adaptée, la situation empire alors. Telle est la tragédie du management que traitent Weick et Sutcliffe.
Ils proposent une réponse : s'inspirer des pratiques des organisations réputées pour leur fiabilité. De telles organisations existent : porte-avions, centrales nucléaires, centres de contrôle aérien, etc. Constamment exposées à l'inattendu, dont les conséquences pourraient être catastrophiques, ces organisations ont une performance de fiabilité exceptionnelle. En particulier, elles ont développé une conscience aiguë du risque et une attention permanente à tout événement même apparemment anodin. L’inattendu ne les surprend pas et ne les désarçonne jamais.
Weick et Sutcliffe listent cinq compétences indispensables pour gérer correctement l'imprévu : une préoccupation omniprésente de la panne ou de l'échec, une réticence à se contenter d'interprétations superficielles ou convenues des phénomènes inattendus, une propension à remettre en cause des façons de faire considérées comme allant de soi, une détermination à rebondir rapidement et efficacement, et enfin un fort respect à l'égard de l'expertise.
S’ils dressent, exemples concrets et spectaculaires à l’appui, le portrait des entreprises qui savent penser et agir efficacement face à l’inattendu, ils mettent également à disposition des outils fort pertinents en même temps que nouveaux. Commencer par un rapide audit est une démarche essentielle. Weick et Sutcliffe proposent une série de questions à se poser pour évaluer son niveau d'attention et de réactivité face à l'inattendu. Ils montrent ensuite comment cette vigilance doit être institutionnalisée par la culture d'entreprise (par les valeurs et croyances de ses membres) et par un ensemble de processus opératoires. Enfin, ils insistent sur l'importance pour le dirigeant de montrer lui-même l’exemple à travers son propre style de management.
Gérer l'imprévu ne se résume pas à une gestion de crise, à des mesures exceptionnelles prises dans des circonstances spéciales. Le management de l’inattendu est un management ordinaire partagé. Car les stratégies, les succès passés, les chaînes de commandement et les procédures de gestion sont aussi des sources de rigidité et d’aveuglement. Prendre au bon moment la mesure de l’inattendu suppose de savoir mettre en doute ce que l’on croyait à jamais efficace.
Weick et Sutcliffe marquent un événement. Ils communiquent clairement des orientations pratiques fondées sur un savoir scientifique indiscutable à propos d’un problème majeur jusque là ignoré.

Boston Consulting Group
Nous entrons dans l'ère de l'information... Certes, mais doit-on pour autant "rejeter nos schémas de pensée traditionnels", tels que certains nous y incitent ?
John Hagel
John Hagel III
Présentons ici les caractéristiques clés d'un système de pilotage de mise en œuvre de la stratégie de l'entreprise.
Comment un système de pilotage approprié peut représenter un levier essentiel pour mettre en œuvre la stratégie avec le soutien de toute l'entreprise ?
John D. Martin
La plupart des dirigeants affirment avec conviction que les équipes sont le principal actif stratégique de l'entreprise. Or, bien que constituant un des principaux postes de coûts, le capital humain est le seul dont la rentabilité est rarement connue avec précision. Les auteurs préconisent une approche scientifique pour évaluer le retour sur investissement des décisions en matière de ressources humaines, et ainsi renforcer la qualité des décisions stratégiques dans ce domaine.
Prenant le contre-pied du management par les résultats, Johnson H. Thomas et Anders Bröms militent pour un management plus harmonieux, fondé sur l'optimisation permanente du fonctionnement de l'entreprise. Ils montrent comment cette approche ou " management par les moyens " est capable de produire de meilleurs résultats dans la durée.
Mintzberg
Stephen J. Wall
Steven Cabana
Impliquer les intéressés dans l'élaboration de la stratégie permet de tirer parti des connaissances de tous et de favoriser l'adhésion au succès de la mise en œuvre et de la gestion du changement.
Par les temps qui courent, la prospective ne constitue pas un genre d'activité qui paraisse prioritaire. L'horizon à moyen terme semble aussi bouché que menaçant. Les réflexions quelques peu globales menées durant les années 1960-1970 par Hermann Kahn ou le Club de Rome ont rendu peu crédibles les décryptages de l'avenir.
Paul Strebel
Le changement permanent et imprévisible fait désormais partie des conditions dans lesquelles doit évoluer l'entreprise. Comment peut –on absorber ces changements fréquents tout en conservant la cohérence nécessaire à l'efficacité ?
Pour Burt Nanus, un leader est avant tout un être qui s'est forgé une vision claire du futur de son entreprise. Il offre donc une méthode pour bâtir une vision pertinente de l'évolution de son entreprise. Pour cela, il propose une démarche pour construire des scénarios. D'une part, il fournit une méthode et des outils, pour imaginer et sélectionner les scénarios cibles. D'autre part, il explique comment définir les scénarios de cheminement pour atteindre la cible choisie.
