Comment Carlos Ghosn a Sauvé Nissan_____________________
En 1999, la situation de Nissan est catastrophique. Trois ans plus tard, l'entreprise a renoué avec les bénéfices et son action est au plus haut. Le journaliste David Magee retrace l'histoire de ce redressement spectaculaire, opéré par Carlos Ghosn. Au-delà de la saga, tout dirigeant confronté à la nécessité de faire évoluer rapidement son organisation pourra s'inspirer utilement de l'ouvrage : prendre de réels engagements sur les résultats, s'interdire de préjuger des solutions, etc.
La situation de Nissan en 1999 est désespérée : endettement élevé, prix de revient trop élevé, gamme de produit vieillissante, féodalités internes, rigidité de la relation fournisseurs. Complication supplémentaire, le partenaire européen, Renault, est très différent en terme de culture nationale et culture d'entreprise.
La stratégie de Carlos Ghosn afin de sauver Nissan comprend plusieurs volets : le repositionnement stratégique de Nissan, les changements organisationnels et bien sûr un changement majeur de culture d'entreprise. Le cas est exceptionnel. Carlos Ghosn s'attache plus à la réalité des faits qu'à une vision romantique des choses. Nous participons à une nouvelle naissance de Nissan.
Le poids des faits : Dans une situation où le risque de faillite est présent dans tous les esprits, on peut être tenté par le secret, la prudence, l'appel à des consultants. Carlos Ghosn fait l'inverse, il structure la réflexion autour des faits et des chiffres (par exemple le benchmarking sur les coûts), écoute longuement ses interlocuteurs, examine les détails et définit la ligne d'action en fonction des faits. De cette transparence naît la confiance des individus et des groupes.
Le rôle du "commitment" (engagement) : Ghosn dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit ; il lie son propre destin à des résultats ambitieux à court terme et entraîne les autres sur un pari calculé. Pour les managers de Nissan, c'est la possibilité retrouvée de se battre et de gagner sur un projet clair. On analyse, on planifie, mais rapidement on agit. C'est une culture du "commitment", une culture où on s'engage. Les fonctions occupées précédemment, l'ancienneté, la nationalité s'effacent derrière l'engagement. Et à ceux qui s'engagent, Ghosn donne les moyens d'agir, le pouvoir et la responsabilité. Ceci explique en large partie la vitesse et la qualité du changement.
Le respect dynamique des cultures : Carlos Ghosn mesure mieux que d'autres les différences culturelles. Il veille à ce que les différences de langues et de cultures ne perturbent pas la communication, mais au contraire l'enrichissent (les équipes transnationales). Aux féodalités régionales (Japon, Europe, Etats-Unis), il substitue une vision mondiale intégrée. Quand le business model traditionnel japonais se révèle source de rigidités (le keiretsu), il s'en écarte rapidement. En revanche dans l'alliance avec Renault, deux identités fortes sont préservées. La culture Nissan est transformée et renforcée. C'est une carte puissante tant pour Nissan que pour l'allié européen, Renault, dans la concurrence mondiale où les deux groupes sont très complémentaires, en particulier au plan géographique.
Rajeunissement des Entreprises en Déclin___________________
Charles Baden-Fuller et John Stopford examinent les entreprises qui ont su obtenir des succès spectaculaires dans des secteurs jugés moribonds. Ils montrent qu'il n'existe pas de fatalité sectorielle : le succès est avant tout une question de capacité à innover et inventer de nouvelles règles du jeu, quel que soit l'environnement. Ils décrivent la démarche que les dirigeants ont adopté pour parvenir à ranimer des entreprises jugées sur le déclin.
Hommes de conviction, Charles Baden-Fuller et John Stopford se forgent une vision du monde. De leurs expériences, leurs analyses, jaillit l'idée géniale qui doit embraser le monde. Il ne peut en être autrement. Pour les uns, l'analyse économique explique tout. Pour les autres, seules la réalité des gestes et des hommes comptent. Les plus forts voient juste... Peu à peu leur vision s'impose. Et le monde se met à travailler comme ils l'avaient imaginé.
Baden-Fuller et Stopford suivent la démarche inverse. Ils n'agissent pas en penseurs académiques, ni en membres d'une école de pensée, mais en hommes de terrain. Ils ne partent pas d'une vision éclairée du monde qu'ils cherchent à démontrer. Ils partent de la réalité et l'analysent. Ils partent de faits et en tirent des conclusions. Porter leur avait laissé entendre que pour faire du profit il fallait se trouver dans un segment attractif. Ils sont descendus sur le terrain pour vérifier. Ils analysent différents environnements. Ils démontrent que c'est inexact. Il existe des joyaux dans les secteurs les plus en crise !
Charles Baden-Fuller et John Stopford fournissent des pistes pour restructurer les entreprises. Elles ont besoin d'évoluer. Leur organisation date d'une période où la demande était souvent supérieure à l'offre. Il faut donc s'adapter à de nouvelles contraintes. John Stopford et Charles Baden-Fuller expliquent précisément comment, exemples à l'appui. D'autre part, parce qu'il est encourageant. Enfin le manager ordinaire, celui qui ne se voit pas à la une des journaux, peut s'y reconnaître. Et se rendre compte que lui aussi peut réussir. A ce titre l'exemple de William Cook est fabuleux. Avec les processus décrits, tout dirigeant comprend qu'il peut agir à son niveau. Et remporter des victoires. Quoi de plus enthousiasmant !
Remobilisation des Salariés_______________________________
Comment remobiliser des salariés à l'issue d'une restructuration ? Des événements tels qu'une fusion ou une réduction d'effectifs ont inévitablement un impact majeur sur le moral des salariés. Mitchell Marks analyse ce phénomène et montre pourquoi il est pratiquement inévitable. Mais si le choc psychologique est inéluctable, les dirigeants disposent de leviers pour aider les salariés à tourner la page et leur redonner envie d'aller de l'avant.
La dure réalité du monde économique d'aujourd'hui se reflète dans les vagues de changement multiples, souvent simultanées, qui envahissent nos organisations. Il est difficile de citer une entreprise qui n'ait pas connu une forme de restructuration ou de rationalisation dans ses efforts pour assurer sa survie et renforcer sa position. Cependant, comme l'affirme Mitchell Marks, alors que les salariés sont capables d'adaptation face à de tels changements - de trouver leur chemin au milieu des fusions, acquisitions et réductions d'effectifs qui les entourent - le stress, la pression et les bouleversements qu'ils subissent peuvent aisément saper l'énergie et la motivation dont l'entreprise a besoin pour avancer.
Lorsque les conditions économiques s'amélioreront et que les dirigeants commenceront à tourner leur attention vers de nouvelles opportunités pour leur entreprise, leurs collaborateurs ont de grandes chances d'être mal préparés, à la fois émotionnellement et pratiquement, à tirer parti de ces opportunités. Mitchell Marks affirme que les événements déstabilisants du début du 21e siècle - l'implosion du secteur de la technologie, les scandales financiers et la récession généralisée - ont accentué la fragilité du lien qui existe entre les entreprises et leurs membres, un lien déjà affaibli par la mauvaise gestion des transitions passées. Marks met l'accent, de façon très convaincante, sur la nécessité impérative de retrouver l'engagement et l'énergie des salariés.
Marks s'appuie sur des exemples éclairants recueillis lors de ses travaux de recherche et de conseil, pour montrer comment même les transitions les mieux planifiées ont des conséquences insoupçonnées, souvent perturbatrices, pour les salariés, et peuvent causer des ravages au niveau de l'entreprise. Il s'inspire habilement des modèles de changement de Kurt Lewin - dégeler/changer/recongeler - et de William Bridge - renoncer au passé avant d'accepter le nouvel ordre des choses - pour identifier quatre défis qui conditionnent la "guérison" après une transition difficile : l'empathie, l'engagement, l'énergie et la mise en application.
Alors que Marks réussit parfaitement à saisir le stress et la tension qui règnent dans la vie des organisations, un dilemme est qu'une grande partie de ces difficultés proviennent de nos actions et erreurs. Au moment où un monde économique de plus en plus dur apparaît comme la nouvelle norme, on peut se demander dans quelle mesure de nombreux dirigeants ont l'intelligence émotionnelle et la lucidité nécessaires pour leur permettre d'atteindre le niveau d'empathie et d'énergie qu’il suggère. Les sceptiques, qui considèrent l'idée d'aider les individus à "guérir" d'une transition comme une vision trop soft du management ont de grandes chances de continuer à privilégier une approche plus "dure".
Les organisations seraient pourtant des lieux de travail bien plus agréables si leurs dirigeants appliquaient les conseils de Marks pour affronter à la fois les réalités émotionnelles et les impératifs économiques associés au succès à long terme.
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