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Vendredi 17 mars 2006

Comment Carlos Ghosn a Sauvé Nissan_____________________

En 1999, la situation de Nissan est catastrophique. Trois ans plus tard, l'entreprise a renoué avec les bénéfices et son action est au plus haut. Le journaliste David Magee retrace l'histoire de ce redressement spectaculaire, opéré par Carlos Ghosn. Au-delà de la saga, tout dirigeant confronté à la nécessité de faire évoluer rapidement son organisation pourra s'inspirer utilement de l'ouvrage : prendre de réels engagements sur les résultats, s'interdire de préjuger des solutions, etc.

La situation de Nissan en 1999 est désespérée : endettement élevé, prix de revient trop élevé, gamme de produit vieillissante, féodalités internes, rigidité de la relation fournisseurs. Complication supplémentaire, le partenaire européen, Renault, est très différent en terme de culture nationale et culture d'entreprise.

La stratégie de Carlos Ghosn afin de sauver Nissan comprend plusieurs volets : le repositionnement stratégique de Nissan, les changements organisationnels et bien sûr un changement majeur de culture d'entreprise. Le cas est exceptionnel. Carlos Ghosn s'attache plus à la réalité des faits qu'à une vision romantique des choses. Nous participons à une nouvelle naissance de Nissan.

Le poids des faits : Dans une situation où le risque de faillite est présent dans tous les esprits, on peut être tenté par le secret, la prudence, l'appel à des consultants. Carlos Ghosn fait l'inverse, il structure la réflexion autour des faits et des chiffres (par exemple le benchmarking sur les coûts), écoute longuement ses interlocuteurs, examine les détails et définit la ligne d'action en fonction des faits. De cette transparence naît la confiance des individus et des groupes.

Le rôle du "commitment" (engagement) : Ghosn dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit ; il lie son propre destin à des résultats ambitieux à court terme et entraîne les autres sur un pari calculé. Pour les managers de Nissan, c'est la possibilité retrouvée de se battre et de gagner sur un projet clair. On analyse, on planifie, mais rapidement on agit. C'est une culture du "commitment", une culture où on s'engage. Les fonctions occupées précédemment, l'ancienneté, la nationalité s'effacent derrière l'engagement. Et à ceux qui s'engagent, Ghosn donne les moyens d'agir, le pouvoir et la responsabilité. Ceci explique en large partie la vitesse et la qualité du changement.

Le respect dynamique des cultures : Carlos Ghosn mesure mieux que d'autres les différences culturelles. Il veille à ce que les différences de langues et de cultures ne perturbent pas la communication, mais au contraire l'enrichissent (les équipes transnationales). Aux féodalités régionales (Japon, Europe, Etats-Unis), il substitue une vision mondiale intégrée. Quand le business model traditionnel japonais se révèle source de rigidités (le keiretsu), il s'en écarte rapidement. En revanche dans l'alliance avec Renault, deux identités fortes sont préservées. La culture Nissan est transformée et renforcée. C'est une carte puissante tant pour Nissan que pour l'allié européen, Renault, dans la concurrence mondiale où les deux groupes sont très complémentaires, en particulier au plan géographique.

 

Rajeunissement des Entreprises en Déclin___________________

Charles Baden-Fuller et John Stopford examinent les entreprises qui ont su obtenir des succès spectaculaires dans des secteurs jugés moribonds. Ils montrent qu'il n'existe pas de fatalité sectorielle : le succès est avant tout une question de capacité à innover et inventer de nouvelles règles du jeu, quel que soit l'environnement. Ils décrivent la démarche que les dirigeants ont adopté pour parvenir à ranimer des entreprises jugées sur le déclin.

Hommes de conviction, Charles Baden-Fuller et John Stopford se forgent une vision du monde. De leurs expériences, leurs analyses, jaillit l'idée géniale qui doit embraser le monde. Il ne peut en être autrement. Pour les uns, l'analyse économique explique tout. Pour les autres, seules la réalité des gestes et des hommes comptent. Les plus forts voient juste... Peu à peu leur vision s'impose. Et le monde se met à travailler comme ils l'avaient imaginé.

Baden-Fuller et Stopford suivent la démarche inverse. Ils n'agissent pas en penseurs académiques, ni en membres d'une école de pensée, mais en hommes de terrain. Ils ne partent pas d'une vision éclairée du monde qu'ils cherchent à démontrer. Ils partent de la réalité et l'analysent. Ils partent de faits et en tirent des conclusions. Porter leur avait laissé entendre que pour faire du profit il fallait se trouver dans un segment attractif. Ils sont descendus sur le terrain pour vérifier. Ils analysent différents environnements. Ils démontrent que c'est inexact. Il existe des joyaux dans les secteurs les plus en crise !

Charles Baden-Fuller et John Stopford fournissent des pistes pour restructurer les entreprises. Elles ont besoin d'évoluer. Leur organisation date d'une période où la demande était souvent supérieure à l'offre. Il faut donc s'adapter à de nouvelles contraintes. John Stopford et Charles Baden-Fuller expliquent précisément comment, exemples à l'appui. D'autre part, parce qu'il est encourageant. Enfin le manager ordinaire, celui qui ne se voit pas à la une des journaux, peut s'y reconnaître. Et se rendre compte que lui aussi peut réussir. A ce titre l'exemple de William Cook est fabuleux. Avec les processus décrits, tout dirigeant comprend qu'il peut agir à son niveau. Et remporter des victoires. Quoi de plus enthousiasmant !

 

Remobilisation des Salariés_______________________________

Comment remobiliser des salariés à l'issue d'une restructuration ? Des événements tels qu'une fusion ou une réduction d'effectifs ont inévitablement un impact majeur sur le moral des salariés. Mitchell Marks analyse ce phénomène et montre pourquoi il est pratiquement inévitable. Mais si le choc psychologique est inéluctable, les dirigeants disposent de leviers pour aider les salariés à tourner la page et leur redonner envie d'aller de l'avant.

La dure réalité du monde économique d'aujourd'hui se reflète dans les vagues de changement multiples, souvent simultanées, qui envahissent nos organisations. Il est difficile de citer une entreprise qui n'ait pas connu une forme de restructuration ou de rationalisation dans ses efforts pour assurer sa survie et renforcer sa position. Cependant, comme l'affirme Mitchell Marks, alors que les salariés sont capables d'adaptation face à de tels changements - de trouver leur chemin au milieu des fusions, acquisitions et réductions d'effectifs qui les entourent - le stress, la pression et les bouleversements qu'ils subissent peuvent aisément saper l'énergie et la motivation dont l'entreprise a besoin pour avancer.

Lorsque les conditions économiques s'amélioreront et que les dirigeants commenceront à tourner leur attention vers de nouvelles opportunités pour leur entreprise, leurs collaborateurs ont de grandes chances d'être mal préparés, à la fois émotionnellement et pratiquement, à tirer parti de ces opportunités. Mitchell Marks affirme que les événements déstabilisants du début du 21e siècle - l'implosion du secteur de la technologie, les scandales financiers et la récession généralisée - ont accentué la fragilité du lien qui existe entre les entreprises et leurs membres, un lien déjà affaibli par la mauvaise gestion des transitions passées. Marks met l'accent, de façon très convaincante, sur la nécessité impérative de retrouver l'engagement et l'énergie des salariés.

Marks s'appuie sur des exemples éclairants recueillis lors de ses travaux de recherche et de conseil, pour montrer comment même les transitions les mieux planifiées ont des conséquences insoupçonnées, souvent perturbatrices, pour les salariés, et peuvent causer des ravages au niveau de l'entreprise. Il s'inspire habilement des modèles de changement de Kurt Lewin - dégeler/changer/recongeler - et de William Bridge - renoncer au passé avant d'accepter le nouvel ordre des choses - pour identifier quatre défis qui conditionnent la "guérison" après une transition difficile : l'empathie, l'engagement, l'énergie et la mise en application.

Alors que Marks réussit parfaitement à saisir le stress et la tension qui règnent dans la vie des organisations, un dilemme est qu'une grande partie de ces difficultés proviennent de nos actions et erreurs. Au moment où un monde économique de plus en plus dur apparaît comme la nouvelle norme, on peut se demander dans quelle mesure de nombreux dirigeants ont l'intelligence émotionnelle et la lucidité nécessaires pour leur permettre d'atteindre le niveau d'empathie et d'énergie qu’il suggère. Les sceptiques, qui considèrent l'idée d'aider les individus à "guérir" d'une transition comme une vision trop soft du management ont de grandes chances de continuer à privilégier une approche plus "dure".

Les organisations seraient pourtant des lieux de travail bien plus agréables si leurs dirigeants appliquaient les conseils de Marks pour affronter à la fois les réalités émotionnelles et les impératifs économiques associés au succès à long terme.

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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Mardi 14 mars 2006

Les Recettes du Profit___________________________________

T. Moser, K. Mundt, J. Quella, David J. Morrison et Adrian J. Slywotzky, les consultants de Mercer Management Consulting nous proposent une méthode "d'anticipation stratégique". Leur objectif est d’anticiper les ruptures de marché, afin de prendre les concurrents de vitesse sur les positionnements gagnants.

Le projet des consultants est ambitieux : il s'agit de développer une façon de penser la stratégie qui serait déterminante dans le succès de l'entreprise. La méthode permet de reconnaître les grandes tendances associées aux profondes mutations que connaissent la plupart des secteurs d'activité. Les conséquences de la prise en compte de ces (r)évolutions sont énormes. Plusieurs exemples du décrochage entre sociétés concurrentes, par exemple Nike et Reebok, dont les unes ont reconnu la "recette" alors que les autres restent captives d'une vision traditionnelle de leur activité, donnent matière à réflexion.

La réflexion se révèle d'une pertinence beaucoup plus large. Le premier cas examiné, susceptible de provoquer un retournement stratégique, est celui de la disparition des profits. Il pourrait à notre sens motiver le reste de la démarche qui consiste à identifier tous les autres "patterns". En effet, Moser, Mundt, Quella, Morrison et Slywotzky expliquent qu'une tendance lourde a été de mettre en œuvre une recette unique de la réussite, appuyée sur les travaux de Porter, du BCG et du PIMS et qui veut que la rentabilité est fonction de la part de marché relative. L'arsenal de méthodes d'analyse et de moyens stratégiques qui s'articule autour de ce principe fait partie du bagage du manager traditionnel.

Dès lors, l'objectif est de dépasser cette logique devenue trop basique, et toute la deuxième partie est consacrée à la description des "recettes" qui permettront de remettre en cause la vision classique. Sans doute peut-on juger que la présentation est souvent plus descriptive que rigoureuse mais, à l'usage des managers, elle suscite véritablement la réflexion et laisse à chacun un degré d'interprétation utile. Les recommandations données sont parfois écliptiques sinon simplistes. Elles montrent qu'il n'y a pas de recette dans cette démarche et que la valeur stratégique ne sera créée qu'à partir d'un travail de réflexion.

 

 

Vitesses d’Horloge des Industries_________________________

Comment anticiper les évolutions de la chaîne de valeur dans son industrie ? Quelles seront demain les étapes clés à maîtriser pour garder l'avantage sur cette chaîne de valeur ? Pour répondre à ces questions, Charles H. Fine a étudié la dynamique des industries à forte vitesse d'évolution. Et a mis en évidence plusieurs "lois", qu'il nous invite à découvrir pour anticiper les évolutions dans notre propre industrie, quelle que soit sa "vitesse d'horloge".

Charles H. Fine démontre que chaque industrie a une fréquence propre pour introduire de nouveaux produits, processus de production ou structures. Il désigne cette fréquence sous le vocable de "vitesse d'horloge".

Ainsi, certaines industries ont des vitesses d'horloges élevées (informatique) alors que d'autres connaissent des vitesses plus lentes (aéronautique). Dans tous les cas, Fine nous montre que les avantages de positionnement sur une chaîne sont temporaires. De plus, il constate que les vitesses d'horloge s'accélèrent dans toutes les industries, sans exception. Dès lors, que les entreprises le reconnaissent ou non, la capacité à concevoir et à gérer son positionnement sur la chaîne de valeur ajoutée de l'industrie est devenue la compétence stratégique qui permet de tenir une position concurrentielle forte.

Charles H. Fine explore ensuite deux lois qui régissent le changement le long d'une chaîne de valeur. L'une est ancienne, l'autre nouvelle. La première loi, dite de "l'amplification de la volatilité", dit que plus l'entreprise est en amont de la chaîne, plus elle est soumise à une volatilité forte. La seconde loi est celle de "l'amplification de la vitesse d'horloge" : plus l'entreprise est proche de l'utilisateur final, plus la vitesse d'horloge s'accroît.

Ces deux lois contradictoires connues, Fine encourage les managers à étudier avec attention leur chaîne de valeur afin d'identifier les opportunités et menaces pouvant surgir de ces changements.

Il termine sur l'ingénierie concourante sur trois dimensions : les produits, les processus et la chaîne de valeur. Alors que ‘la vitesse d’horloge’ convainc sur la dimension stratégique des choix de positionnement dans la chaîne de valeur, il est notoirement insuffisant quant à la méthode concrète de mise en œuvre. Le problème commun à Fine est qu'il ignore le fait que la plupart des entreprises sont parcourues par des centaines (voir des milliers) de chaînes de valeur et qu'ils ne révèlent jamais par où commencer pour mettre en œuvre leurs recommandations.

Charles H. Fine, pour une raison inconnue, a forcé l'analogie entre des analyses économiques convaincantes et la biologie. Pour citer seulement quelques exemples, il compare les industries à vitesses d'horloge élevées à des mouches drosophiles, l'analyse de la chaîne de valeur à la cartographie de l'ADN, l'ingénierie concourante au clonage, etc. S'il est vrai qu'il existe une théorie de la "génétique d'entreprise", cet ouvrage n'était pas le lieu pour l'aborder. Cela ne fait qu'obscurcir le message principal : les vitesses d'horloge s'accélèrent dans la plupart des industries et il est donc devenu critique de comprendre et de gérer son positionnement sur la chaîne de valeur pour demeurer compétitif.

 

 

 

Les Entreprises : Fabricants de Marchés___________________

Daniel F. Spulber, en se fondant sur la théorie économique, nous invite à découvrir une perspective originale de la stratégie, complémentaire à l'approche "produit - marché" : envisager l'entreprise comme une passerelle entre des fournisseurs et des clients. Cette optique conduit à prendre conscience du rôle que peut jouer l'entreprise pour faciliter les transactions entre les divers acteurs du marché. Spulber en déduit de multiples façons de renforcer la valeur ajoutée de l'entreprise, ainsi que plusieurs stratégies originales pour entrer sur un nouveau marché.

"Que font les entreprises ? Elles fabriquent des marchés ". Voici une affirmation hardie de Daniel F. Spulber qui étonnera ceux qui croyaient encore que les entreprises fabriquaient des produits ou des services...

L'intérêt majeur des dires de Spulber réside en fait dans les changements de perspective sur le management auxquels, avec son regard d'économiste, il nous invite constamment. Spulber propose un fil conducteur simple et efficace : l'entreprise est une passerelle entre un univers de ressources (financières, humaines, matérielles et technologiques) et un univers de clients. Par conséquent, les entreprises qui gagnent sont les plus habiles dans l'art de construire ces passerelles.

Spulber apporte ainsi un cadre de cohérence qui, au fil des chapitres, passe en revue et ordonne la plupart des concepts classiques de la stratégie d'entreprise. Nous assistons à une tentative de réconciliation de deux écoles de la stratégie d'entreprise : celle de l'avantage concurrentiel (aval), et celle de la théorie de la ressource (amont). Nous croisons la problématique des coûts de transaction, nous parcourons l'alternative entre stratégie de coût et stratégie de différenciation, etc.

Mais il ne s'agit pas, fort heureusement, d'une simple révision académique et désincarnée. Le "modèle" de la passerelle revient à chaque fois, et fait surgir des observations originales sur de grands sujets de management. Spulber analyse bien les voies de croissance qui s'offrent à l'entreprise, éclaire efficacement le débat sur l'externalisation de certaines activités de la firme, situe de façon très juste la problématique de l'innovation et de la recherche / développement, et pèse équitablement les risques et les bénéfices des stratégies d'alliance ou d'intégration. Dans ces domaines, le dirigeant d'entreprise à la recherche d'un cadre de réflexion clair et pratique trouvera certainement son compte.

Spulber, attaché à la fonction d'intermédiation de l'entreprise entre ses marchés amont et aval, insiste à juste titre sur la nécessité pour celle-ci de maîtriser ses systèmes d'information, et donne plusieurs exemples intéressants d'entreprises qui ont su tirer parti des nouvelles technologies de l'information (Dell, Wal-Mart...).

Spulber convoque Sun-Tsu, Clausewitz et Liddle Hart en renfort à ses démonstrations. Ce recours, peu original, aux figures légendaires de la pensée.

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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Dimanche 12 mars 2006

Hypercompétition________________________________________

Richard A. D'Aveni remet en cause les principes de la démarche stratégique classique, qui vise à bâtir des avantages concurrentiels durables. Il montre au contraire que le succès repose sur l'adaptation permanente de son positionnement aux évolutions du jeu concurrentiel. Il propose un modèle d'analyse pour anticiper ces évolutions et préconise 7 compétences stratégiques pour réussir dans ce contexte d'environnement mouvant.

D'Aveni, qui prône la flexibilité stratégique et l'usage de tactiques inspirées de la guérilla, guide les entreprises des secteurs en mutation rapide. Dans ces environnements hautement concurrentiels, il n'existe pas d'avantage durable. Et les adversaires se laissent rarement la possibilité de lécher leurs blessures entre deux batailles. L'ère de la concurrence chevaleresque et "fair play" est révolue.

Dans de tels environnements, le timing est clé. Il faut être le premier à frapper. Être prêt à abandonner ses produits existants avant d'en avoir extrait la dernière goutte de profit. Pour remporter la victoire, il faut ainsi être irrationnel et imprévisible. Les entreprises doivent savoir détruire leurs avantages concurrentiels du moment pour affaiblir leurs concurrents. Briser le statu quo pour saisir de nouveaux avantages temporaires plutôt que de maintenir l'équilibre pour préserver leurs avantages traditionnels.

A partir d'exemples détaillés dans de nombreux secteurs, D'Aveni nous montre que ce monde "hyperconcurrentiel" est déjà une réalité. Il nous offre un cadre de réflexion sur les comportements à adopter pour y réussir : les "Nouveaux 7 S". Et, à l'image des guérilleros qui savent choisir le terrain sur lequel engager le combat, il nous invite à considérer 4 champs de bataille possibles. En juxtaposant les nouveaux 7 S au modèle d'évolution du jeu concurrentiel sur chaque champ de bataille, il développe une méthodologie qui suggère sur quels S et sur quels champs de bataille se focaliser.

D'Aveni montre bien comment, sur chaque champ de bataille, le jeu concurrentiel conduit naturellement les entreprises à avoir des avantages toujours plus fugaces. Jusqu'à ce que toute opportunité de prendre l'avantage soit détruite. Mais les dirigeants n'ont pas d'autre choix que d'engager leur entreprise dans cette course. Sous peine de sortir du jeu.

La vision de D'Aveni est déprimante pour les managers en quête de la solution définitive qui assurerait le succès de leur organisation. Pour D'Aveni, il n'existe pas de solution durable. Si elles veulent survivre, les organisations doivent apprendre à être encore plus souples et créatives. Aucun leader n'est assuré de le rester très longtemps.

Parce qu'il est peu engageant, certains peuvent être tentés d'ignorer ce message. Ce serait une erreur. Vouloir maintenir le statu quo dans un environnement hyperconcurrentiel est aussi efficace que de "pelleter du sable pour contenir la marée" ! 

 

La Co-opétition __________________________________________

Adam M. Brandenburger et Barry J. Nalebuff présentent les principaux enseignements de la théorie des jeux appliquée à la stratégie d'entreprise. Il décrit en particulier 4 leviers pour faire évoluer la situation à son avantage : faire entrer de nouveaux acteurs ; changer les règles du jeu ; jouer avec les perceptions ; tirer parti des liens entre marchés différents.

Adam M. Brandenburger et Barry J. Nalebuff cherchent à montrer comment la théorie des jeux peut s'appliquer au monde des affaires. La théorie des jeux est un domaine fascinant. Et son application au monde des affaires a un potentiel énorme. L'idée est donc à la fois intrigante et intéressante.

Ils nous montrent que pour réussir, une entreprise peut modifier le marché. Et non se contenter de subir ses évolutions. Pour cela, Brandenburger et Nalebuff nous expliquent qu'elle peut agir sur plusieurs leviers.

La coopétition selon Adam M. Brandenburger et Barry J. Nalebuff nous pousse aussi à réfléchir en termes de coopération. Aujourd'hui, les entreprises sont trop obsédées par la notion de concurrence. Cette vision étroite est extrêmement destructrice. Il est beaucoup plus sain et beaucoup plus porteur d'envisager les rapports sous l'angle de la coopération. Brandenburger et Nalebuff nous incitent ainsi à nous préoccuper des "compléments" - ces entreprises dont l'offre vient renforcer la notre - tout autant que des concurrents.

 

 

Stratégie  du Judo ______________________________________

Comment un challenger peut-il s'imposer sur le marché en exploitant la force de ses concurrents ? En s'inspirant de la stratégie du Judo.

La stratégie du judo propose d'analyser à la lumière de trois des principes de combat de cet art martial, les stratégies gagnantes des challengers : être toujours en mouvement pour surprendre et parer la contre attaque, déséquilibrer l'adversaire tout en maintenant son équilibre, utiliser la force de son adversaire pour le faire chuter.

Un paradoxe de la stratégie des entreprises est qu'alors que les nouveaux entrants souffrent de nombreux désavantages par rapport aux acteurs en place, ils réussissent parfois néanmoins à surpasser les géants. Parmi les exemples connus, on compte Netscape face à Microsoft (au moins pendant un certain temps), des compagnies aériennes comme People Express ou Frontier, qui ont surpassé les principaux transporteurs, Sega face à Nintendo dans les jeux vidéo, suivi de Sony face à Sega.

La stratégie du judo permet de résoudre ce paradoxe. Ce faisant, il fournit aussi des recommandations stratégiques que les challengers tout comme les leaders trouveront très utiles. Pourquoi le judo ? Parce que l'art japonais du judo enseigne comment utiliser le poids de l'adversaire contre lui, comment transformer sa force en faiblesse. Trois "étapes" du judo sont à rappeler. Premièrement, utilisez le mouvement pour surprendre un adversaire de poids. Deuxièmement, déséquilibrez-le tout en gardant votre équilibre. Troisièmement, utilisez l'effet de levier pour décupler vos propres forces et jeter à terre votre adversaire.

Un nouvel entrant sur un marché choisit délibérément une faible capacité et des prix bas. Le leader doit alors faire à un choix : casser les prix pour reprendre la totalité du marché, ou céder une petite part de marché au challenger. Si le challenger calcule bien, le leader choisira la seconde option et le nouvel entrant bénéficiera d'une prise sur le marché. Dans ce cas, le "poids" du leader est sa base client. Avoir beaucoup de clients rend une baisse des prix très coûteuse, le leader est donc désavantagé. L'hypothèse implicite est que le leader ne peut pas différencier ses prix selon ses clients. C'est ce qui a causé la perte de nombreuses start-up dans le domaine du transport aérien. En utilisant les techniques de yield management (gestion de rendement), les principaux transporteurs ont trouvé des façons d'égaler les bas prix des start-up vis-à-vis de leur cible, sans pour autant baisser tous leurs prix.

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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Samedi 4 mars 2006

Comment Améliorer la Croissance ?________________________

Au cours des dernières années, la majorité des grands groupes a constaté un net ralentissement de leur croissance. Certains incriminent la conjoncture économique, d'autres, la saturation des marchés. Adrian Slywotzky s'inscrit en faux contre cette fatalité. Il nous propose de découvrir la façon originale adoptée par certaines entreprises pour doper leur croissance : inventer une nouvelle forme de demande.

La dure réalité que doivent affronter les managers sous pression pour générer une croissance "à deux chiffres" est que lorsque le PIB croît à un rythme de 2 ou 3 % par an, les marchés ne croissent en moyenne que de 2 ou 3 % par an. Où donc trouver la croissance désirée, dans l’économie de moins en moins différenciée "d’après-bulle" ?

Adrian Slywotzky, consultant et auteur de nombreux livres de stratégie à succès, pense avoir trouvé la réponse. La solution qu’il préconise combine la vision "resource-based" de l’entreprise et l’innovation marketing. Il recommande que l’entreprise tire parti de ses "atouts cachés" pour satisfaire "la prochaine génération de besoins". Si les deux idées – compétences clés et vente de solutions – sont anciennes, cela ne diminue en rien la richesse de la recommandation.

Sur le fond, Slywotzky préconise de combiner un audit interne de ses atouts et compétences avec une analyse externe des problèmes de ses clients. Il affirme que cette démarche révélera de nouvelles voies de croissance, au-delà de l’offre actuelle de produits ou services. Comme cette stratégie a permis à Général Electric, par exemple, de trouver la croissance pendant la dernière décennie, l’argument est difficilement contestable !

Slywotzky expose son interprétation des stratégies fondées sur les compétences clés et l’offre de solutions, en particulier comment comprendre la chaîne de valeur interne du client pour trouver de nouvelles façons de résoudre ses problèmes.

Même s’il affirme le contraire, la recommandation de Slywotzky implique que les entreprises s’embarquent sur la dangereuse voie de la diversification. Ensuite, si chaque fournisseur suit les recommandations d’élargir son offre au-delà de la simple vente d’un produit, la concurrence sera énorme pour fournir au client la "solution packagée". Enfin, élargir la palette d’activités d’une entreprise peut la conduire sur des zones de la chaîne de valeur sur lesquelles elle n’a pas d’avantage concurrentiel. Il y a de très bonnes raisons, par exemples, pour lesquelles un fabricant de composants n’essaie pas de faire des produits finis.

Il faut rappeler aux managers qu’ils doivent en permanence repousser les frontières de leur offre pour maintenir la pression nécessaire à la croissance.

 

 

Destruction Créatrice ___________________________________

La performance des entreprises est freinée par leur tendance naturelle à favoriser la continuité. Pour lutter contre cette tendance, il faut inviter les dirigeants à s'inspirer des principes de succès du capital-risque.

Seule une infime proportion des entreprises parvient sur le long-terme à dépasser les performances de la bourse. Et pour cause : les organisations visent avant tout la continuité, plus que la saisie des opportunités.

Succomberez-vous aux inévitables tempêtes de la destruction Schumpetérienne ? La destruction créatrice conduira les managers à être attentifs aux changements fondamentaux des règles du jeu des marchés, et leur montrera comment en tirer parti au bénéfice de leurs actionnaires.

Les marchés financiers américains fonctionnent d'une façon merveilleusement efficace. L'information circule en toute transparence et est fiable. Les capitaux sont abondants, même pour les start-up. L'environnement légal et réglementaire est bien développé et équitable. Et il existe un processus ordonné, le processus de faillite, pour redéployer les actifs des sociétés en détresse financière. Les marchés américains sont un terrain de jeu remarquable dont les règles sont clairement définies, mais où les actions individuelles sont laissées à la discrétion des joueurs.

Foster et Kaplan font remarquer que la performance à long terme des entreprises est très inférieure à celle des marchés financiers. Ils énumèrent les causes de cette divergence et suggèrent ensuite comment les organisations et leur management peuvent de métamorphoser pour imiter les caractéristiques des marchés.

Le problème fondamental semble être que les dirigeants ne sont pas aussi adeptes de la "Destruction Créatrice" que les marchés financiers. Celle-ci, selon Joseph Schumpeter, est le processus par lequel la structure économique se renouvelle en permanence de l'intérieur. Un modèle inefficace étant continuellement remplacé par un nouveau. Dans l'économie, les mutations sont le résultat de discontinuités, des ruptures. Alors que les entreprises sont beaucoup plus orientées sur la continuité - comment améliorer l'efficacité opérationnelle - et se préoccupent au mieux de changements incrémentaux.

Foster et Kaplan énumèrent ce qui ne va pas dans le système de management américain : une focalisation excessive sur l'efficacité opérationnelle aux dépens d'une réflexion stratégique créative capable d'innover radicalement ; des modèles mentaux qui excluent la pensée latérale, des processus de contrôle et de prise de décision qui étouffent la créativité, et des blocages culturels qui empêchent la prise de risque nécessaire pour mettre en place des ruptures.

A Foster et Kaplan proposent une myriade de conseils pour améliorer son processus de planification, pour équilibrer contrôle et autonomie, et pour déterminer quelles questions poser et comment animer des réunions pour permettre à l'entreprise d'identifier les ruptures.

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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Vendredi 3 mars 2006

La Stratégie au Niveau du Groupe__________________________

Michael Goold, Marcus Alexander et Andrew Campbell explorent les pistes de création de valeur qu'un groupe peut apporter aux filiales et aux divisions qu'il est chargé de coordonner. En particulier, ils explorent 4 leviers : renforcer les échanges entre entités ; fournir une expertise qui n'est pas disponible dans les filiales ; gérer avec succès les cycles des portefeuilles ; faciliter des nominations de managers performants.

Michael Goold, Marcus Alexander et Andrew Campbell jettent un éclairage précieux sur un sujet souvent mal compris : le rôle du siège dans la gestion d'un portefeuille d'entreprises. Ils proposent une approche structurée et illustrée d'exemples qui aidera chaque manager à conduire un diagnostic pour son groupe.

Goold, Alexander et Campbell étudient tout d'abord le potentiel de création de valeur des groupes et en identifient les quatre principales sources. Ils introduisent ensuite la notion d'avantage parental : le bénéfice qu'a une filiale a être possédée par un groupe. Ils élaborent pour chaque groupe une "Déclaration d'avantage parental". Celle-ci synthétise la stratégie de création de valeur du groupe, les caractéristiques qui lui permettent de créer de la valeur et enfin le cœur de métier, c'est-à-dire les activités où le groupe est susceptible de créer de la valeur.

La force de leur pensée est qu'elle traite véritablement de la stratégie au niveau du groupe. Et non pas de la stratégie d'entreprise, confrontée à son marché. Le pilier de la stratégie de groupe doit être la création de valeur pour les filiales. Cette capacité à créer de la valeur nécessite d'établir un environnement organisationnel favorable au portefeuille d'activités. Elle repose sur des compétences de management et d'organisation du siège. Michael Goold, Marcus Alexander et Andrew Campbell montrent que la stratégie de groupe est avant tout une discipline interne. A la différence de la stratégie d'entreprise qui est tournée vers l'environnement extérieur.

Ils insistent sur le besoin d'adéquation entre la stratégie du siège, ses compétences et son portefeuille d'activités. Pourtant, les groupes internationaux et multiactivités d'aujourd'hui doivent être flexibles et s'adapter à chaque contexte d'activité. Les recommandations des auteurs incitent à créer une organisation non flexible.

De même, Goold, Alexander et Campbell se préoccupent essentiellement de la complémentarité siège-filiale à un instant donné. L'évolution rapide de l'environnement oblige pourtant à penser cette complémentarité de manière dynamique.

Enfin, la culture des managers est présentée comme une caractéristique parentale particulièrement difficile à faire évoluer. Ils ne proposent de l'altérer qu'indirectement en s'attaquant à des éléments tels que la structure ou les services centraux. Cette position est discutable. Les managers peuvent se remettre en cause.

 

 

Synergie_______________________________________________

Goold et Campbell nous exposent une démarche pragmatique pour tirer parti des opportunités de synergies entre unités d'un groupe. Ils nous mettent d'abord en garde sur les fréquents échecs dans ce domaine. Ils nous proposent une démarche d'analyse d'opportunité destinée à éviter de se faire piéger par les "fausses synergies", pour pouvoir concentrer ses efforts sur les projets réellement prometteurs.

Goold et Campbell présentent une approche simple, claire et directe d'un des problèmes fondamentaux de la stratégie : Quels sont les obstacles à la réalisation des bénéfices que l'on pourrait attendre des liens possibles entre divisions ou activités d'un même groupe ? Que peut-on faire pour surmonter ces obstacles ?

La réponse réside dans la prise de conscience des biais psychologiques dont sont sujets les managers du siège. Ceux-ci sont parfois victimes de "mirages", imaginant des possibilités de synergies qui n'existent pas. Ils peuvent aussi souffrir d'un "ego d'entreprise" excessif, qui leur laisse croire que seule une intervention du siège permettra de tirer parti des opportunités de synergie. De même, ils ont tendance à présumer qu'ils disposent du savoir-faire nécessaire pour intervenir avec succès, alors que ce n'est pas toujours le cas. Enfin, beaucoup sous-estiment systématiquement les conséquences négatives de leur intervention sur le bon fonctionnement des unités.

Au-delà de cet éclairage sur les dangers de la recherche de synergies, les auteurs nous indiquent toute une série de conseils pratiques pour surmonter ces différents biais psychologiques et faire l'état des lieux de la façon dont les opportunités de synergie sont gérées dans l'entreprise. Ces indications sont remarquables par leur clarté et leur pertinence, et devraient considérablement aider tout manager exerçant des fonctions centrales à renforcer ses compétences en la matière.

Fidèle à leur objectif, Goold et Campbell évitent tout discours théorique pour se concentrer sur des enseignements pratiques. Il aurait toutefois été utile de replacer cette réflexion dans le contexte des débats sur les avantages et inconvénients des structures multidivisionnelles. Les biais psychologiques ne sont en effet qu'une partie de l'explication de l'incapacité des sièges à tirer réellement parti des possibilités de liens entre unités. De fait, Goold et Campbell mettent en avant l'importance critique de développer des "mécanismes bien rodés" pour la coordination entre unités ou l'intervention du siège. Il s'agit là bien plus de renforcer les modes de fonctionnement de l'organisation que de gérer des biais cognitifs.

Un autre développement utile aurait été de distinguer la difficulté de tirer parti de synergies entre unités déjà établies, de celle d'intégrer une unité nouvellement acquise. L'observation montre en effet que ces deux situations se caractérisent par des dynamiques très différentes, et nécessitent des approches distinctes pour évaluer et exploiter les opportunités de synergie.

 

 

La Stratégie de la Valeur _________________________________

Tom Copeland, Tim Koller et Jack Murrin exposent les outils pour mesurer la valeur que l'entreprise crée pour ses actionnaires. En particulier, ils montrent combien il est important d'introduire un suivi des activités sur la base d'un cash flow actualisé. En effet, cela permet d'identifier les unités stratégiques créatrices de valeur, de piloter les restructurations, d'évaluer les risques de démantèlement en mesurant l'attrait de l'entreprise pour un raider.

Les thèmes abordés par Copeland, Koller et Murrin sont traités avec une approche et un vocabulaire parfaitement adaptés aux managers n'ayant pas de connaissance particulière de la Finance.

Le message est simple et puissant : le manager doit être un gestionnaire de la valeur. L'objectif de toute décision managériale doit être d'accroître la valeur de marché de l'entreprise. Les auteurs montrent comment les modèles de décisions utilisés par bon nombre d'entreprises vont souvent à l'encontre de cet objectif. Ils proposent de manière très concrète une approche plus pertinente basée sur l'analyse des flux monétaires actualisés.

Enfin les applications proposées sont d'actualité. Comment analyser une fusion, une acquisition, une recapitalisation ? Comment évaluer la contribution des différentes activités de l'entreprise à la valeur de la firme ? Comment analyser les investissements stratégiques ? Comment mieux communiquer avec les marchés financiers ?

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
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