Panorama des Techniques, Comportements et Visions a Promouvoir_____________________________________________
L'environnement économique a fortement évolué au cours des dernières années. La mondialisation, l'explosion des systèmes d'information et l'accélération de la compétition internationale constituent certains des bouleversements les plus marquants. Dans ce contexte, la pérennité des entreprises dépend de leur capacité à changer, de s'adapter en permanence aux nouveaux enjeux. Les managers ont de nombreux défis à relever pour cela :
- Se préparer au changement en apprenant à anticiper et en développant une vision ;
- Conduire le changement en mobilisant l'organisation au changement, en transformant l'entreprise et en révolutionnant l'entreprise ;
- Faire changer les hommes en adoptant un discours mobilisateur, en faisant évoluer les comportements, en vainquant les résistances psychologiques et en surmontant les obstacles au changement.
Démarche de Changement_________________________________
John P. Kotter propose une démarche de changement en 8 étapes, inspirée des expériences des grandes entreprises :
- créer un sentiment d'urgence ;
- former une coalition puissante ;
- développer une vision ;
- communiquer la vision ;
- lever les obstacles au changement ;
- démontrer des résultats à court terme ;
- bâtir sur les premiers résultats pour accélérer le changement ;
- ancrer les nouvelles pratiques dans la culture d'entreprise.
John P. Kotter évoque une multitude d'observations judicieuses sur l'être humain et la difficulté du changement ! De l'analyse des causes du développement de la "complaisance" au sein de l'organisation, à celle des caractéristiques d'une vision performante, en passant par la nécessité maintes fois répétée pour la haute direction d'aligner leurs actions avec leurs propos.
Implicitement, Kotter parle de changement "radical" ! Or de nombreuses entreprises ne souhaitent pas procéder de cette façon. En effet, elles préfèrent gérer le changement de manière graduelle. Par exemple, la direction générale d'un groupe financier qu’on ne nommera pas refuse de se livrer à de grands discours sur la stratégie et la vision du groupe. Elle préfère, aux changements brusques et importants, les petites améliorations successives. Ce processus est plus lent au début, mais il permet de faire des changements en profondeur. Il présente donc l'avantage d'éviter de rencontrer des problèmes lorsqu'il s'agit d'obtenir des résultats tangibles et d'opérer une modification réelle de la culture (c'est à dire aux étapes 7 et 8 du modèle de Kotter).
Autre petite divergence : Kotter met beaucoup d'emphase sur la mollesse et le manque d'ambition des cadres dirigeants lorsqu'on leur demande de changer leurs méthodes de travail. Bien sur, nous rencontrons beaucoup d'individus qui manifestent un faible sentiment d'urgence, qui disent que "les choses ne vont pas si mal". Beaucoup ont développé cette attitude à force d'être déçus dans le passé ; pendant un temps ils ont essayés d'améliorer les choses, ils ont lutté, mais ils ont été vaincus par le "système". Alors ils sont lentement mais sûrement rentrés dans le rang. Ils ont pris l'habitude de cette "douce médiocrité". Ils sont aussi devenus un peu cyniques sur la possibilité d'opérer des changements profonds mais, au fond, ils aimeraient encore croire et espérer.
Mais nous parlons là d'une différence d'emphase. Kotter lui-même discute longuement les facteurs structures et systémiques qui contribuent si souvent à la mort de l'esprit d'initiative dans les entreprises.
Du Mécanique au Vivant___________________________________
James N. Kelly et Francis J. Gouillart invitent les dirigeants à développer une nouvelle vision de l'entreprise, afin de mener à bien le changement. Ils recommandent ainsi une approche globale du management, consistant en 4 missions principales qu'un dirigeant doit accomplir pour réussir la transformation de son entreprise.
Le changement peut correspondre à différentes approches. Selon la situation face à laquelle il se trouve, le dirigeant devra remplir une ou plusieurs des 4 fonctions suivantes :
- réorienter la mission de l'entreprise
- restructurer l'organisation
- revitaliser les forces de l'entreprise
- en régénérer l'esprit.
En partant de ces 4 fonctions, Kelly et Gouillart proposent un modèle d'analyse afin de déterminer les actions à engager pour conduire le changement. En effet, les mesures à prendre diffèrent selon que le dirigeant se trouve dans l'une ou l'autre des 4 missions décrites précédemment.
Dans la pléthore d'écrits qui recouvrent le sujet de la "transformation" ou du "reengineering", James N. Kelly et Francis J. Gouillart offrent un vaste tour d'horizon du savoir-faire dans ce domaine.
Ils adoptent une perspective résolument systémique, ce qui les différencie des approches souvent plus étroites dans ce domaine : l'entreprise est un système complexe d'individus, de processus et de ressources physiques ; il faut prendre en compte le métabolisme de ce système pour y intervenir. C'est une perspective intelligente, au sens qu'elle permet de comprendre, et utile, car elle rend prudent, mais souvent difficile à appliquer totalement car il faut bien choisir, in fine, à quoi l'on va toucher et ne pas toucher.
L'Alchimie du Changement_________________________________
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François Dupuy nous présente les enseignements d'un sociologue praticien sur la conduite du changement dans les organisations.
Il se concentre sur la démarche de changement et sur sa mise en oeuvre. Opérationnel et centré sur des cas précis (Sncf, Air France entre autres entreprises françaises ou européennes), il revisite les notions de diagnostic et de plan d'action à la lumière des concepts de la sociologie des organisations : le système, l'acteur, les symptômes, les problèmes, les leviers, la coopération, etc.
Les messages de Dupuy s'articulent autour de 3 principaux points :
- Il est illusoire de transformer profondément le fonctionnement de l'organisation en s'attaquant simplement aux structures, ou en prétendant directement faire évoluer les attitudes. Il faut aller plus loin, en créant les conditions dans lesquelles les acteurs trouveront intérêt à changer leur comportement.
- Pour cela, il est indispensable de passer par une phase de compréhension de la stratégie des acteurs concernés. Ce qui nécessite une écoute attentive, puis une mise en perspective pour éviter d'être prisonnier des points de vue nécessairement partiels de chacun.
- Il faut ensuite créer le contexte qui rendra le changement possible, en sachant en particulier instaurer dialogue et confiance, s'appuyer sur les insatisfactions et se focaliser sur quelques leviers prioritaires.
François Dupuy combine une expérience de chercheur au CNRS et d'enseignant avec une forte pratique de conseil auprès des entreprises, aux côtés de Gemini Consulting en particulier.
Olivier d'Herbemont et Bruno César proposent une démarche originale pour mener à bien un projet de changement malgré une forte opposition de la part de certains acteurs.
Ils proposent une démarche originale pour mener à bien un projet de changement malgré une forte opposition de la part de certains acteurs. La stratégie du projet latéral repose sur quatre grands principes :
- recenser tous les acteurs concernés par le projet de changement et identifier les alliés et les opposants aux projets;
- définir avec les alliés un projet qui recueille leur intérêt (le projet latéral) et les encourager à convaincre les indécis ;
- adapter au fur et à mesure le projet pour gagner une majorité à la cause ;
- désamorcer les attaques des opposants sans entrer dans un conflit ouvert.
Le thème de la gestion du changement dans les organisations est pléthorique. Olivier d'Herbemont et Bruno César vont au delà des principes généraux et proposent une approche pratique pour surmonter les obstacles au changement.
Ils nous expliquent en particulier que la plupart des résistances au changement sont prévisibles. Elles peuvent en effet être comprises en recensant les acteurs impliqués dans le projet et en étudiant leur position vis-à-vis du projet. Ils nous rappellent également que le niveau de résistance au changement dans une entreprise repose à la fois sur la complexité technique du projet et sur le nombre de personnes qui soutiennent ou au contraire s'opposent à sa mise en œuvre. A partir de ces deux variables, ils nous proposent une typologie des projets de changement et la stratégie la plus adaptée pour les mener à bien.
Olivier d'Herbemont et Bruno César nous fournissent des concepts et des outils pour analyser le contexte politique spécifique à chaque projet et choisir l'approche la plus appropriée à chaque type de situation. Certaines des idées et des concepts exposés sont assez répandus et peuvent être aisément rapprochés de la littérature sur la gestion des conflits ou sur la négociation. Par exemple, l'idée de construire un projet latéral est relativement proche du concept de "négociation interactive". Dans les deux cas, la stratégie vise à gagner le support de ceux qui sont à l'origine opposés au changement en trouvant une solution qui satisfasse les intérêts des deux parties.
Le Défi de Changement Organisationnel_____________________
Todd D. Jick, Moss Kanter Rosabeth et Barry A. Stein visent avant tout à nous faire comprendre les moteurs du changement, plus qu'à nous fournir une démarche toute prête. À l'aide de nombreux exemples, ils nous montrent que le changement ne se planifie pas : les forces à l'œuvre dépassent bien souvent la marge de manœuvre du dirigeant. Ils nous incitent donc plutôt à mieux analyser la situation, pour pouvoir tirer parti avec habileté des leviers qu'elle recèle.
Mon organisation doit-elle changer ? Que doit-elle devenir pour être performante ? La vraie difficulté n'est pas de répondre à ces questions. La conviction de d'Herbemont et César est que le véritable défi réside dans : Comment changer ? Comment traduire en actions mon expérience, mes idées et mes intentions ? Pour nous aider à répondre à cette question, ils ont rassemblé une multitude de cas, d'interviews et de récits à la première personne. Ils les présentent à la lumière d'un cadre conceptuel propice à en tirer des enseignements.
Leur grand mérite est de nous laisser le soin d'organiser le chaos inhérent au changement. Le cadre conceptuel élaboré sert de grille de lecture aux monographies qu'ils ont rassemblées. Mais le véritable travail de fond reste à faire. Et c'est une excellente chose. Chacun doit en effet réinventer sa propre approche. Nous disposons ici d'un matériel riche et varié d'où nous pouvons tirer les leçons appropriées au problème auquel nous sommes confrontés.
Gardons-nous de la tentation d'extraire des techniques "clés en main" à partir des exemples cités. Nous devrons plutôt chercher à identifier le principe sous-jacent qui pourrait nous aider dans le contexte qui est le notre. C'est particulièrement vrai pour nous européen.
Les idées et le modèle présentés par Olivier d'Herbemont et Bruno César n'en ont pas moins de valeur. Ils doivent rejoindre le trésor que se constituent la plupart des dirigeants au cours d'années d'expérience, de formation et de lectures. Mais leur véritable contribution est un miroir kaléidoscopique dans lequel nous pouvons réfléchir les problèmes de changement auxquels nous sommes concrètement confrontés.
Mobilisation de l'Organisation____________________________
Kathleen Lusk Brooke, John Bray et George H. Litwin abordent 6 enjeux clés de la gestion du changement :
- Affronter l'inertie
- Fédérer l'organisation autour d'une vision
- Etablir des chartes entre les dirigeants et les unités
- Maintenir sa crédibilité vis-à-vis de ceux qui attendent des résultats
- Créer un climat favorable
- Multiplier les chantiers de changement.
George Litwin a étudié sur le terrain la nature et l'impact du "climat d'entreprise" bien avant que la notion de "culture d'entreprise" n'apparaisse dans les discours de management. Ses premiers travaux étaient étroitement liés aux théories de la motivation élaborées par David McClelland. Litwin a ainsi élaboré très tôt un modèle rigoureux de compréhension du contexte organisationnel et du comportement des individus. Il l'étend ici à la discussion sur le changement et la mobilisation. Cet apport s'enrichit de l'expérience de Warner Burke, qui a collaboré à la plupart des démarches de changement. Bien avant que la problématique de "transformation" ne devienne l'objet de fascination qu'elle est aujourd'hui, Burke était déjà une autorité en matière de développement et de changement des organisations. Kathleen Lusk Brooke, John Bray et George H. Litwin réunissent les deux approches méthodologiques pour les appliquer à la transformation des grands systèmes.
Ils décrivent leurs interventions réussies au sein de British Airways ou Short Brothers. Ils explorent également certains échecs patents tels que British Rail ou
Par ailleurs, ils démontrent avec force le rôle essentiel du leadership à chaque étape de la démarche de changement. Sur ce sujet, la littérature américaine fait une large place aux "super patrons" : Welch chez General Electric, Iacocca chez Chrysler, etc. A l'inverse, les leaders ne sont pas des "super héros". Ce sont simplement des individus, des membres d'une équipe de direction qui s'engagent avec courage et résolution dans un processus de transformation à grande échelle. Cette approche semble plus adaptée aux préoccupations et aux traditions européennes.
Comment Réussir
Bert A. Spector explique comment faire évoluer son entreprise pour mieux servir ses clients. Il expose tout d'abord le modèle de l'organisation horizontale, destiné à répondre rapidement aux attentes des clients. Puis il décrit les 6 étapes clés à franchir pour le mettre en oeuvre.
Dans le contexte actuel de crise économique, les consultants qui traitent de la transformation des organisations ne manquent pas. Ils proposent au manager des recettes pour l'assister dans une des tâches les plus ambitieuses de sa carrière : introduire un changement profond et durable dans son entreprise. Au sein de cette cacophonie littéraire, Bert A. Spector sort nettement du lot de par la profondeur de l'analyse et la qualité des recommandations.
Tout d'abord, Spector se fonde sur des travaux de recherche rigoureux. L'analyse sur le terrain a duré trois ans et permet donc de comprendre le processus de transformation dans la durée. Il ne se limite cependant pas à la narration d'exemples et propose également une modélisation théorique du processus de changement qui peut être appliquée à la plupart des situations rencontrées.
Ensuite, Spector aborde la problématique de changement sous un angle particulièrement pertinent. Depuis l'objectif de la transformation qui est clairement mentionné : devenir une organisation qui améliore la valeur pour le client. Jusqu'au principal levier de mise en œuvre : le leadership du dirigeant, qui doit allier vision économique et motivation des hommes. Bert A. Spector plonge au cœur du sujet. Il ne se laisse pas intimider par la complexité et ne tombe pas dans le piège d'une simplification excessive. Le leadership efficace doit allier à la fois forme et contenu, délégation et contrôle, conduite et support du changement.
Enfin, il s’ancre dans la réalité des organisations et propose des recommandations pratiques et utiles sur comment réussir la transformation.
Révolutions Intentionnelles______________________________
Dans tout programme de changement, un défi majeur consiste à faire évoluer le comportement des hommes. Joan Lancourt, Helen G. Vassalo et Edwin C. Nevis font le point sur les différentes méthodes possibles (communication, démarches participatives, coercition, etc.) et les conditions dans lesquelles elles s'avèrent plus ou moins pertinentes.
Écrire sur le changement est un exercice extrêmement difficile. En effet, il faut beaucoup d'expérience pour faire des recommandations claires sans cacher aux lecteurs la complexité des situations. Edwin C. Nevis, Joan Lancourt et Helen C. Vassalo ont parfaitement réussi. Leurs propositions sont pertinentes. Et les exemples qu'ils ont choisis permettent de bien appréhender les marges de manœuvre dont dispose un dirigeant dans des organisations complexes par essence.
Ils font deux constats. D'une part, les méthodes traditionnelles de gestion du changement ne sont plus adaptées. En effet, une approche par amélioration progressive se révèle inefficace pour la plupart des entreprises. Celles-ci n'ont en effet pas d'autres choix que d'effectuer une évolution radicale. D'autre part, l'application d'une unique méthode ne suffit pas pour transformer les habitudes de travail. Seul un panachage de plusieurs approches peut permettre d'opérer une transformation profonde. Nevis, Lancourt et Vassalo en proposent 7 : la communication, les démarches participatives, l'encouragement, les modèles, la réorganisation des structures et des processus, les récompenses et la coercition.
Ils présentent également l'avantage de réussir à prendre en compte l'impact de la culture d'entreprise dans les approches qu'ils proposent. Beaucoup de consultants en parlent. Ils reconnaissent qu'il est impossible de transformer radicalement les méthodes de travail d'une entreprise sans tenir compte de ce qui fait sa spécificité. Mais peu parviennent à faire des recommandations qui permettent d'intégrer l'identité propre de l'entreprise dans la démarche de changement.
La démarche de Edwin C. Nevis, Joan Lancourt et Helen C. Vassalo, qui consiste à combiner 7 méthodes classiques, constitue une réelle innovation en matière de management. D'autant plus que ces derniers ne se sont pas contentés de les décrire. Ils ont pris le soin d'étayer leurs propos à l'aide de nombreux exemples. Et de vérifier sur des cas concrets les résultats de leurs recommandations.
Leadership Adaptatif_____________________________________
La plupart des consultants préconisent l'instauration de leaders visionnaires. Ronald A. Heifetz propose une réponse toute différente, qui mérite qu'on s'y attarde. Pour lui, le leadership consiste avant tout à aider les organisations à adapter leurs valeurs et leurs comportements aux évolutions de l'environnement. Cette approche a le mérite d'être socialement bénéfique, contrairement aux éventuels dérapages des "leaders visionnaires".


