Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /Mars /2006 14:32

Compétence Clé_______________________________

Gary Hamel et Aimé Heene se consacrent aux implications pratiques du concept de "compétence clé". Ils examinent en particulier comment identifier les compétences clés de l'entreprise, comment choisir celles à développer en priorité et quels sont les moyens de les renforcer.

Gary Hamel écrit que la définition de "compétence clé" doit être "assez générale pour pouvoir supporter les développements conceptuels qui vont inévitablement naître des recherches à venir". Et précisément, l’idée est de développer et de clarifier ce qui constitue l'un des concepts les plus pertinents introduits au cours des 10 dernières années dans le domaine de la stratégie.

On aurait pu craindre que le concept de "compétence clé", tel qu'il a été présenté en 1990 par Hamel et Prahalad dans un article célèbre de la Harvard Business Review, soit de fait trop général pour être véritablement utile. Néanmoins, le constat qu'il a eu tant de succès auprès des managers comme des chercheurs semblait indiquer qu'il recelait quelque chose d'important.

Gary Hamel va en effet bien au-delà de la simple description de ce qu'est une compétence clé : il explique de quoi elle est constituée, comment on peut l'identifier en pratique et comment on peut la gérer de manière concrète dans une entreprise.

Son objectif est d'approfondir un point de vue stratégique et il est probablement bénéfique de le faire selon différents angles d'attaque.

 

 

 

La Conquête du Futur__________________________

Certaines entreprises comme Sony, NEC et Motorola, se préparent des dizaines d'années à l'avance à conquérir des marchés qui n'existent pas encore. Gary Hamel et C. K. Prahalad décrivent leur démarche. Ils expliquent comment elles élaborent leur vision des marchés du futur et comment elles agissent pour s'y positionner.

La pensée stratégique a considérablement évolué. Il y a dix ans, la stratégie était encore une émanation de la pensée économique. Elle consistait à analyser les évolutions du marché et le comportement des concurrents. Afin de comprendre les mécanismes essentiels de la compétition. Aujourd'hui, la stratégie se focalise sur des approches qui permettent de rendre l'organisation plus efficace. Que ce soit la qualité totale, l'orientation vers le client, les modèles d'organisations apprenantes, ou encore celui des organisations horizontales.

Hamel et Prahalad sont parmi ceux qui ont le plus milité pour réorienter la stratégie. Ils ont voulu créer une nouvelle forme de pensée stratégique. Une approche qui se focalise sur la création de compétences nouvelles et dont l'objectif est de transformer l'industrie.

Leur message central est le suivant : pour être leader, une entreprise doit fournir des efforts soutenus afin d'anticiper et de façonner le futur de son industrie. En particulier, ils nous alertent sur le danger de confondre la course pour le futur avec celle pour l'efficacité : la mode qui consiste à réduire les effectifs, à restructurer et à mener des opérations de reengineering, permet simplement de combler un retard mais pas de façonner le futur de son industrie !

Hamel et Prahalad sont très pertinents quand ils font remarquer que les entreprises ne se préoccupent pas suffisamment d'acquérir un leadership intellectuel. C'est-à-dire de développer un point de vue créatif sur la façon dont les technologies et les goûts de leurs clients pourront coïncider dans le futur. Ils fournissent des arguments et des exemples pour expliquer comment les entreprises doivent s'y prendre pour bâtir des compétences clés. Enfin, ils soulignent que la capacité de mise en œuvre à court terme reste essentielle pour valoriser ses compétences. C'est ainsi que JVC a réussi dans les magnétoscopes. Après une bataille longue de plus de vingt années, au cours desquelles plusieurs concurrents étaient restés à parité.

La contribution de Hamel et Prahalad à la pensée stratégique est de grande valeur. Cependant, ils ont un peu trop tendance à citer des exemples tirés de l'industrie "digitale". Ce qui incite à nous demander si le concept est applicable à des industries moins technologiques comme la banque, l'automobile, les hydrocarbures, les produits forestiers, etc. Par ailleurs, Hamel et Prahalad fournissent très peu d'informations sur tous les projets qui ambitionnaient de changer le futur mais qui ont échoué. C'est le cas du projet japonais "Cinquième Génération", du projet Future System d'IBM ou encore de celui d'AT &T dans le videotex. Étant donné que les meilleurs entreprises ont subit des échecs importants, on peut se demander s'il n'y a pas un certain nombre de précautions à prendre avant de se lancer dans une reconception du futur.

 

 

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /Mars /2006 10:46

Création d’Activités Nouvelles__________________

Zenas Block et Ian C. MacMillan proposent un modèle de croissance fondé sur le développement de "l'intrapreneuriat", c'est-à-dire la création permanente de nouvelles activités. Ils indiquent pour cela comment mettre en œuvre une politique de lancement de nouvelles activités : fixer le cadre stratégique, développer un vivier d'entrepreneurs, etc. Et indiquent les méthodes à suivre pour piloter efficacement les différents projets.

Zenas Block et Ian C. MacMillan traitent de la création d'activités nouvelles au sein de l'entreprise, aux antipodes des pamphlets des gourous populaires du management. Ne cherchons pas à nous vendre des recettes toutes faites. Les "7 règles d'or du succès" ne sont pas livrées. Ils nous offrent au contraire un guide méthodique de réflexion et de préparation à l'action.

Block et MacMillan proposent une analyse systématique de tous les aspects importants de la question : la sélection des projets, le choix de l'équipe, sa rémunération, son positionnement dans l'organisation, le suivi du projet, etc. Pour chacun, ils fournissent une liste très complète des facteurs à prendre en compte et analysent méthodiquement les différents choix possibles en soulignant les avantages et les inconvénients de chaque option.

Le risque de cette approche est de nous laisser désemparé face à la multitude des paramètres à prendre en compte. En effet, les auteurs ne proposent pas de réponse définitive à chaque question.

Ils en font un examen approfondi, mais nous laissent le soin d'exercer notre jugement pour tirer nos propres conclusions. De ce fait, ils présentent souvent de longues listes d'éléments à considérer, sans établir de hiérarchie entre eux. Ce choix est justifié : la hiérarchisation dépend du cas particulier de chaque projet. Mais nous devons être prêt à réaliser nous-même notre tri, au risque de nous perdre dans des analyses interminables.

Le deuxième mérite de Block et MacMillan est d'exposer non seulement les opportunités de ce type d'opération, mais aussi les compromis et les problèmes qui y sont associés. Par exemple, on peut accroître les chances de succès du projet en lui apportant le soutien des infrastructures en place. Mais on augmente alors le risque de perturbation des activités courantes. Les auteurs rappellent ainsi utilement qu'il n'existe pas de réponse parfaite : les managers ne doivent pas se laisser détourner de l'action par une quête illusoire de la solution idéale.

Méthodiques et nuancés, Zenas Block et Ian C. MacMillan ne se limitent pas pour autant à peser le pour et le contre de multiples alternatives. Ils établissent avec clarté un certain nombre de principes clés. La conclusion majeure qui s'en dégage est que la réussite de ce type d'opération repose sur la combinaison de trois facteurs. En premier lieu, bien sûr, la qualité intrinsèque du projet. Mais aussi les qualités du management en charge du projet. Celui-ci doit être capable de supporter l'ambiguïté, le stress et les difficultés caractéristiques de ce type d'opération. Enfin, troisième dimension essentielle, l'aptitude de l'organisation à accueillir ce type de projet. Cette condition est loin d'être évidente à remplir : ce n'est généralement pas dans cette optique que l'organisation a été conçue.

 

 

Le Dilemme de l’Innovation_______________________

Clayton M. Christensen se consacre aux innovations qui entraînent des bouleversements inattendus sur les marchés, remettant en cause les positions acquises. À partir de l'analyse de nombreux cas concrets sur de multiples marchés, il met en évidence les caractéristiques qui conduisent une innovation à révolutionner la situation concurrentielle. Il propose ensuite une démarche destinée aux leaders en place pour identifier les menaces d'innovation révolutionnaire et s'y préparer.

Christensen traite d'un phénomène bien connu : des entreprises leaders, encensées par les media, qui se font brutalement reléguer au second rang par des nouveaux venus. Cela est généralement expliqué de deux façons : soit par des motivations économiques, qui soulignent que le danger de cannibalisation et la perte de valeur d'actifs existants réduisent la motivation des firmes existantes, et non celle des nouveaux venus ; soit par des enjeux de pouvoir et des rigidités organisationnelles au sein des leaders.

Parmi ces facteurs explicatifs, Christensen ne retient que l'intérêt économique, auquel il ajoute un autre : l'évolutions de technologies et des besoins des clients. La chute des leaders devient alors un drame en deux actes. Au premier, le leader se trouve confronté à une innovation "perturbatrice". Peu performante aux yeux des clients actuels, celle-ci présente pour lui un faible intérêt économique. Par conséquent, il n'y investit pas. Cependant, d'autres entreprises trouvent là une opportunité à la mesure de leurs maigres ressources. Le second acte se joue quelques années plus tard. Entre temps, les produits du leader et des nouveaux venus se sont améliorés. La performance du leader reste supérieure à celle des nouveaux venus. Mais les besoins des consommateurs ont évolué plus lentement. De ce fait, les produits des nouveaux venus leurs conviennent parfaitement, et en plus ils sont moins chers ! Exit l'ancien leader et vive le nouveau.

Clayton M. Christensen contribue ainsi très utilement à notre compréhension du phénomène. D'abord, il souligne que même les leaders bien gérés peuvent chuter. Il n'est point nécessaire de les accabler de luttes de pouvoir intestines et autres turpitudes. La bonne rationalité économique suffit. Ensuite, il précise les caractéristiques des innovations qui posent problème aux leaders : la définition d'innovation "perturbatrice" est très utile. Sa troisième contribution consiste à intégrer le facteur temps : le modèle d'évolution des technologies et des besoins des consommateurs doit désormais faire partie des outils de base pour la prise de décision, au côté des trajectoires technologiques classiques et des courbes en S. Enfin, il propose aux leaders des principes pour mieux gérer les innovations perturbatrices.

Le parti pris de Christensen est que seules les innovations perturbatrices posent problème aux leaders. Mais selon son modèle, cela s'explique par un accroissement excessif du prix et des performances par rapport aux attentes des clients. Une telle évolution traduit tout de même une faille dans la gestion des innovations "de progrès".

Par ailleurs, il donne parfois l'impression de décrire des mécaniques implacables, sans prise humaine. Cependant, aussi bien les trajectoires des produits que celles des besoins des consommateurs sont des construits. D'ailleurs, Christensen lui-même cite l'exemple de Microsoft et Intel qui gèrent délibérément l'augmentation des besoins en matériels et en logiciels.

Cependant, même si l'on est en désaccord avec certaines des hypothèses de Clayton M. Christensen, force est de reconnaître qu'il propose un cadre conceptuel intégrateur et séduisant.

 

 

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /Mars /2006 22:36

L'Entreprise Verte_____________________________

A partir de l'étude d'entreprises réputées pour leur engagement écologique et social, Elisabeth Laville propose de multiples pistes concrètes pour faire tourner ce qui peut être vécu comme une contrainte en un réel avantage et fait le tour complet de la responsabilité sociale de l'entreprise.

Elisabeth Laville parcourt avec clarté et talent l'immense territoire que doivent explorer les entreprises "responsables". Elle décrit les enjeux, cite de nombreux exemples bien documentés et produit les références utiles et accessibles à ceux qui veulent approfondir le sujet.

Elle ne se contente pas d'attirer l'attention des dirigeants et des cadres sur l'immense chantier du développement durable et du rôle que doit y jouer l'entreprise. Elle pénètre au coeur du management pour orienter l'action et formuler des approches utiles. Au-delà de la conviction, il y a chez Laville un "mode d'emploi" précis sur les différentes façons de faire adopter, dans les différentes fonctions du marketing, de la recherche, des achats, de la production et de la politique générale, des solutions compatibles avec le développement durable.

Elisabeth Laville nous situe donc au coeur de la nouvelle problématique managériale du 21e siècle : le "gouvernement" des entreprises. Jusqu'ici le concept de "gouvernement" était limité à mesurer et à guider la mise en cohérence des politiques et des pratiques du management avec les intérêts des actionnaires et des parties prenantes immédiates de l'entreprise (syndicats, personnel, fournisseurs, clients, communauté). Désormais le "gouvernement" doit tenir compte de l'environnement global. Elisabeth Laville nous donne la clé de ce changement de paradigme.

La gestion de l'environnement et de la responsabilité sociale doit transcender les frontières. Hélas, les politiques nationales, sous la pression de certains lobbies, privilégient souvent l'égoïsme à court terme. Laville montre à l'évidence qu'une même nation peut à la fois engendrer le meilleur de la gestion responsable mais aussi le pire, comme nous le montre la lecture quotidienne des journaux (refus de ratifier l'accord de Kyoto, ou encore l'agressive obstination à soutenir les OGM envers et contre tous).

Une des citations tirée d'un proverbe amérindien résume bien son intention et sa finalité :

                                               " Nous n'héritons pas la terre de nos ancêtres,

                                                           nous l'empruntons à nos enfants ".

 

Retour aux Sources____________________________

Aux yeux des dirigeants, la protection de l'environnement est généralement perçue comme une contrainte. Forest L. Reinhardt nous montre qu’au contraire, l’écologie peut être une véritable source d'avantage concurrentiel.

Forest L. Reinhardt analyse les différents leviers qui permettent de tirer parti de l'écologie pour renforcer son positionnement stratégique et nous propose de nombreuses pistes concrètes pour mettre en oeuvre ces opportunités.

Forest Reinhardt montre un effort réel de lier les concepts et techniques d’analyse de la stratégie d’entreprise à la gestion de l’environnement. En cela il se différencie de ses collègues d’écologie militante ou de prêches vertueux.

Il se place délibérément dans une optique de réalisme, sans toutefois renier le bien-fondé d’une politique proactive de management écologiste.

Tout d’abord, il met en évidence l’interaction de paramètres nombreux qui influencent les stratégies d’environnement et déterminent leur succès ou leur échec. Ces facteurs peuvent être externes, comme les dynamiques concurrentielles, ou internes, comme les résistances aux changements ou les contraintes financières.

S'appuyant sur de nombreux exemples, Forest L. Reinhardt montre les limites et les difficultés de mise oeuvre de ces stratégies. Mais il en illustre aussi les conditions de succès. Il décrit en particulier, en détail comment trois entreprises ont mis en oeuvre dans la pratique une stratégie de gestion de l’environnement.

Des recommandations spécifiques sous forme de "check-lists" s’ajoutent une valeur pratique, qui par ailleurs se fonde sur de solides théories économiques et stratégiques.

Cela mis à part, sans aucun doute la gestion de l’environnement va prendre une place de plus en plus importante dans les préoccupations stratégiques des entreprises.

 

Intérêt Commun, Bien Commun____________________

Shirley Sagawa et Eli Segal nous présentent les enseignements d'opérations humanitaires conduites en partenariat entre une entreprise et une association à but non lucratif.

Les entreprises doivent-elles s’engager dans des causes humanitaires ? Le débat est complexe. Pour certains, une activité philanthropique s’inscrit naturellement dans le rôle social de l’entreprise citoyenne. Pour d’autres, le meilleur service que l’entreprise peut rendre à la Société est de se consacrer à son métier pour dégager des profits. Shirley Sagawa et Eli Segal apportent un éclairage inattendu, très pragmatique, sur le sujet. Ils présentent de nombreux exemples d’entreprises qui ont su bâtir des programmes philanthropiques servant aussi leurs propres intérêts.

Ils nous montrent comment les entreprises et les organisations humanitaires peuvent nouer des alliances fructueuses, au bénéfice de toutes les parties.

Le monde des affaires et celui des organisations humanitaires sont traditionnellement deux univers bien distincts. Dans le premier, on attend souvent des salariés qu’ils veuillent bien laisser leurs valeurs ou leurs sentiments à la porte lorsqu’ils se rendent sur leur lieu de travail. Dans le second, des notions comme la productivité ou la rentabilité sont encore souvent considérées avec dédain ou méfiance.

La grande force de Sagawa et Segal est de nous montrer comment l’alliance de deux univers peut déboucher sur de grandes réalisations, au bénéfice de toutes les parties prenantes et de la société en général et nous fait en effet vivre le détail de 7 partenariats entre une entreprise – Microsoft, Boeing, BankBoston, Home Depot, etc. – et une organisation humanitaire. A chaque fois, ils nous montrent comment deux cultures différentes ont su collaborer pour promouvoir avec efficacité à la fois la cause humanitaire et les objectifs de l’entreprise. Les analyses de cas détaillées nous permettent de bien comprendre les motivations de chaque partie, le cheminement ayant rendu possible la collaboration, les difficultés rencontrées de part et d’autre, les solutions imaginées et les résultats obtenus.

Shirley Sagawa et Eli Segal connaissent parfaitement leur sujet. Issus respectivement de chacun des deux univers, ils ont bâti ensemble AmeriCorps, une organisation qui a su mobiliser plus de 100.000 volontaires à travers les Etats-Unis pour s’engager dans des programmes d’aide humanitaire, en s’appuyant sur des entreprises et des organismes publics.

Ils nous montrent à quel point chacun des deux mondes a à gagner en travaillant avec l’autre. Les organisations humanitaires renforcent leur efficacité et leur crédibilité lorsqu’elles adoptent la rigueur et les méthodes du monde des affaires. Et les entreprises tirent de nombreux avantages à mieux assumer leurs responsabilités sociales. Tout d’abord, elles renforcent leurs liens avec les communautés qui les environnent, que celles-ci représentent pour elles des clients, des employés, des fournisseurs, des voisins, des élus, etc. Jusqu’à parfois en tirer un profit immédiat en termes de ventes ou d’accès aux compétences. Mais surtout, elles développent ainsi en interne un sens de responsabilité sociale et de solidarité propice à souder les employés et à gagner leur fidélité.

En s’inspirant des exemples de Shirley Sagawa et Eli Segal, en s’appuyant sur les leçons qu’ils en ont tiré, les managers ne pourront-ils pas contribuer à rendre les organisations humanitaires plus professionnelles et leur entreprise plus humaine. Ne pourront-ils pas contribuer au progrès social de leurs communautés et insuffler une nouvelle fierté et une nouvelle dynamique à leurs équipes ?

 

Prévenir les Risques d'Attaque__________________

Plusieurs entreprises de premier plan ont durement souffert d'attaques conduites par des ONG. Or, l'observation montre que beaucoup de ces entreprises croyaient bien faire : elles ont été surprises tant par l'attaque que ses répercussions. Comment donc se prémunir contre un risque mal apprécié et pourtant bien réel ?

Ulrich Steger présente une approche pragmatique et terre-à-terre pour gérer la perception que l'opinion publique a de l'entreprise, et pour minimiser les menaces que font peser sur elle des organismes extérieurs tels que les groupes de pression, les ONG ou la presse.

Dans un contexte d'anti-mondialisation et d'attente croissante pour une plus grande transparence et le respect de principes de développement durable, les entreprises du monde entier sont sujettes à des pressions qu'elles n'ont jamais connues de la part de parties prenantes non directement liées à leur activité professionnelle.

Ulrich Steger, qui bénéficie d'une riche expérience dans l'industrie, le monde politique et la recherche académique, nous apporte une large panoplie d'histoires et d'exemples de ce qu'il faut et ne faut pas faire. Les cas de Daimler
Chrysler, ABB, Shell, et Monsanto sont particulièrement intéressants.

Conceptuellement, Ulrich Steger formule plusieurs idées puissantes, dont deux paraissent particulièrement utiles. La première est le "système d'alerte anticipée", qui devrait aider les entreprises à évaluer les problèmes avant qu'ils ne deviennent des crises. La seconde idée est la nécessité de développer un "cas économique solide" pour évaluer si une entreprise devrait ou non entreprendre de répondre à telle ou telle menace. Ce faisant, Steger replace au coeur de la stratégie de l'entreprise l'analyse et le développement de plans d'action pour gérer ce qui est souvent considéré comme des menaces et des opportunités extérieures à l'activité.

Il éveille donc la curiosité parce qu'il réconcilie le point de vue économique de l'entreprise et la gestion des conflits avec des acteurs extérieurs et même des opposants. Il y a des limites évidentes à appliquer des principes purement "business" pour résoudre de tels conflits. En évitant de creuser ce qui est bien ou mal dans un conflit particulier, et en se focalisant surtout sur l'efficacité de l'attaque et de la réponse, Steger évite de prendre parti. Cela a des bons côtés, car il évite ainsi le piège d'être trop dogmatique. Mais cela peut aussi être troublant, particulièrement lorsque ces conflits voient des valeurs se heurter.

Cependant, il a le mérite d'approfondir les compétences des managers (à qui il est destiné en priorité) en leur disant, très utilement, comment "gérer" leur environnement extérieur. Pour cela, il traduit dans leur langage et en des concepts familiers des menaces qui sont souvent incomprises et sous-estimées. Ce faisant, il facilitera sans aucun doute une meilleure compréhension entre le monde de l'entreprise et les nombreux acteurs de la société civile.

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /Mars /2006 21:01

Bâties pour Durer______________________________

Jerry I. Porras et James Collins mettent en évidence les caractéristiques propres aux entreprises qui ont connu une réussite non démentie au cours de plusieurs décennies. Ils montrent l'importance de la culture d'entreprise et de la capacité d'adaptation aux évolutions de l'environnement.

Ils présentent les résultats d'une analyse menée sur 18 entreprises affichant un succès non démenti depuis plus de 50 ans. Il ressort entre autres de cette étude que ces entreprises hors du commun possèdent toutes une idéologie forte, qui affirme la raison d'être de l'organisation bien au-delà de la seule recherche du profit. Et qu'elles savent conjuguer la préservation de cette idéologie à une forte capacité de s'adapter aux évolutions de l'environnement.

Quels sont les facteurs qui expliquent le succès des entreprises dans la durée, le "vrai" long terme : un siècle par exemple ? Pourquoi certains grands groupes ont mieux maintenu leur compétitivité, leur profitabilité, au cours de ces 100 dernières années ? Deux chercheurs de l'Université de Stanford, après six années de travail, viennent de proposer une réponse. Elle est intéressante. Ils ont choisi 18 entreprises, âgées d'une centaine d'années, et toujours performantes (même si certaines sont passées - ou passent actuellement - par une ou plusieurs période(s) difficiles). Par la comparaison de ces grands groupes ayant démontré une belle performance à long terme, avec 18 entreprises n'ayant pas aussi bien maîtrisé leurs résultats sur la même période, les deux chercheurs tentent d'identifier la causalité du succès à long terme.

S'agit-il d'un nouveau cru sur l'Excellence - à la Peters and Waterman - dont seule la bouteille ou l'étiquette aurait changé ? Pas vraiment. Certes Collins et Porras cherchent bien, de façon empirique, la multicausalité de la performance à long terme, mais leur travail repose sur une méthodologie assez rigoureuse, et leur résultat invite à une remise en cause de plusieurs hypothèses aujourd'hui dominantes dans la logique des dirigeants, des deux côtés de l'Atlantique.

Fini, le leader charismatique dont la "présence", la "vision" paraissent indispensables pour construire l'entreprise dynamique, enthousiaste autour de "l'aura" du patron qui inspire ses troupes. Finie, la causalité du succès par la croyance en ce produit nouveau qui dynamise le long terme. Finie aussi la croyance en cette course au profit pour maximiser la rentabilité de l'investissement... Collins et Porras, analysant le succès de firmes comme 3M (la quintessence de l'entreprise "visionnaire", selon les auteurs), Ford, Motorola, tentent de convaincre : le succès vient du chef d'entreprise dont le talent n'est pas de lire l'heure, mais plutôt de fabriquer une "horloge". Le succès à long terme est l'enfant de cette capacité à créer les mécanismes organisationnels, les structures qui assureront la pérennité de l'entreprise. Les "vrais" grands patrons "visionnaires", ne prennent pas seulement des décisions sages, mais ils créent des organisations qui leur survivent, et une culture qui nourrit leur successeur (évitant d'avoir à le recruter à l'extérieur).

L'analyse proposée met en évidence que ces entreprises performantes à long terme ont développé cette capacité à cultiver - sans aucune modification - un petit nombre de valeurs fondamentales qui ont résisté à l'épreuve du temps, tout en entretenant de façon permanente cette capacité à changer, de façon volontaire.

Sur ce point, les résultats du travail de Collins et Porras s'accordent bien avec ce qui est enseigné dans les meilleures business schools, à savoir que - de nos jours - la performance soutenue est fonction de la capacité de l'entreprise à réconcilier les différences, à accommoder les contradictions, à gérer les "dualités". Ils illustrent combien est importante cette capacité à ne pas dévier des quelques valeurs fondamentales qui sont la pierre angulaire sur laquelle est étayée la culture, tout en développant cette stimulation du progrès par la gestion d'un changement permanent, entretenu par le système lui-même. Cette stimulation permanente pour faire évoluer l'entreprise, est encouragée par le leader et par le système, mais ne remet aucunement en cause les valeurs fondamentales autour desquelles la culture est bâtie. "L'entreprise visionnaire" ainsi décrite nous interroge. Elle nous invite à repenser notre paradigme de l'entreprise performante, elle challenge le rôle moteur que nous attribuons souvent au "profit", elle cultive l'expérimentation, elle encourage le droit à l'erreur. Elle apprend.

Certes nous seront choqués par la référence faite à "l'idéologie", et surtout à "l'endoctrination", cette socialisation pesante dans le (et du) système, qui "oblige" l'individu à accepter les valeurs dominantes, le "credo", "l'idéologie". Cette intégration de l'individu - et en cas de réticence, son exclusion - dans le système sera peut-être perçue comme un prix élevé à payer pour traverser les vicissitudes de la vie de l'entreprise à long terme. Il faudra alors situer cette étude dans le cadre d'une étude générique, qui tente de mettre en évidence un paradigme, une logique, hors du contexte "culturel". L'entreprise décrite par ces collègues de Stanford, n'est pas sans évoquer certains paramètres clefs de l'entreprise japonaise. Collins et Porras n'y font pas allusion, mais ils invitent en effet, à rapprocher l'entreprise "visionnaire" de l'entreprise nipponne dont, aujourd'hui, on ne parle plus guère. Elle n'est plus à la mode. Elle est pourtant engagée dans un processus de transformation qui gardera précisément les attributs de cette "entreprise visionnaire".

 

De la Performance à l'Excellence_______________

Quelles sont les conditions qui permettent d'effectuer des sauts de performance spectaculaires ? Jerry Porras met en évidence les traits distinctifs des organisations qui ont réussi cet exploit : une équipe dirigeante extrêmement performante, un leader modeste et déterminé, un concept stratégique très simple et une culture fondée sur la discipline.

Le danger de se laisser distraire des pratiques fondamentales d'un bon management par des technologies séduisantes ou la pression des marchés financiers n'a jamais été aussi évident. Dans ce contexte, le message de Jerry Porras est bienvenu. Il explique brillamment ce qui distingue les entreprises les mieux gérées de leurs concurrents médiocres et il montre comment ces entreprises étaient devenues si performantes.

Collins et son équipe ont étudié les 500 plus grosses entreprises américaines, pour identifier celles qui ont connu un spectaculaire saut de performance sur les 15 dernières années. Ils ont comparé ces entreprises à d'autres dans les mêmes secteurs, qui n'ont pas réussi à voir décoller leur croissance, ou n'ont pas su la maintenir dans la durée. Leurs conclusions contredisent les hypothèses faciles et les idées à la mode que l'on trouve si souvent dans la presse professionnelle. Mais elles confirment les intuitions de nombreux managers.

En particulier, ils ont découvert que les leaders charismatiques, qui attirent l'attention sur leur personne, peuvent impressionner les analystes financiers, mais ne créent pas autant de valeur pour l'actionnaire que des dirigeants plus humbles et déterminés, dont l'ambition pour leur organisation dépasse l'ambition personnelle. Ils ont constaté qu'il n'y a pas de raccourci possible pour devenir exceptionnel : il faut 10 ans ou plus de préparation pour que le succès survienne. Et si la stratégie, la technologie ou l'acquisition peuvent accélérer le mouvement qui permet de passer de "bon" à "exceptionnel", elles ne peuvent pas le créer ex nihilo. Ils ont aussi trouvé que le rôle des leaders est de confier aux bonnes personnes de réelles responsabilités, et d'établir un juste équilibre de passion et de discipline. Enfin chacun doit travailler sur la base d'un concept simple aux trois caractéristiques clés : être quelque chose que l'entreprise peut faire mieux que quiconque, être considéré comme très important par chacun et permettre de gagner de l'argent.

 

L'Entreprise Individualisée______________________

Comment parvenir à insuffler esprit d'initiative et d'entreprise dans une vaste organisation ? Sumantra Ghoshal et Christopher A. Bartlett proposent une réponse sous la forme du modèle de "l'entreprise individualisée", inspiré de l'observation de grandes réussites dans ce domaine : ABB, 3M, etc.

Sumantra Ghoshal et Christopher A. Bartlett ont étudié des grands groupes qui parviennent malgré leur taille à insuffler à leurs employés esprit d'initiative et d'entreprise : ABB, General Electric, 3M, McKinsey, etc.

Ils en déduisent un modèle d'entreprise, qui porte sur de nombreux aspects d'organisation et de gestion des hommes : principes d'organisation, redéfinition du rôle des managers, valeurs à promouvoir, importance stratégique du recrutement et de la formation, etc.

"L'homme d'organisation" - automate sans visage au service de l'entreprise - a vécu. Les managers ne sont plus des acteurs programmés pour répéter le rôle écrit pour eux, mais des entrepreneurs qui doivent au contraire improviser. Leurs initiatives constituent l'assurance du renouvellement permanent de l'entreprise. Telle est la nouvelle approche du management, proclamée par les Sumantra Ghoshal et Christopher A. Bartlett.

" Quoi de neuf sous le soleil ?", pourrait-on s'interroger. En effet, des scénarios similaires ont été décrits au cours des précédentes décennies. Qu'il s'agisse de la théorie X contre la théorie Y, du "prix de l'excellence", ou de Pascale et Athos (modèle des 7S de l'art du management japonais). Et les louanges des héros d'aujourd'hui - ABB, GE, 3M, Intel - ont déjà été largement chantées par de nombreux auteurs ou média...

Qu'on ne s'y trompe pas : ces histoires jouent un rôle majeur. C'est par elles que se construit la mythologie du management, transmise entre générations de managers. Comme dans les contes, la morale de l'histoire est répétée en permanence, afin de rappeler ce qui est important - à savoir que le rôle de l'entreprise est de créer de la valeur pour la société et que les individus sont capables d'exploits si on leur fournit le soutien et la liberté nécessaires.

Pourquoi ce message mérite-t-il d'être tant répété ? Et pourquoi maintenant ? C'est qu'avec les récents aléas de l'économie, il est souvent difficile de garder à l'esprit ce qui compte vraiment. Les remous, l'incertitude et l'anxiété qui caractérisent l'univers des entreprises encouragent des réactions à court terme au détriment de la construction d'un avenir. On risque alors de privilégier certaines parties (les investisseurs) au détriment des autres (les employés et les clients).

La valeur ajoutée de Bartlett et Ghoshal est de nous rappeler comment s'y prennent ceux qui savent bâtir pour le long terme. Les auteurs montrent que les entreprises doivent s'affranchir des 4 piliers traditionnels que sont "contrainte, contrôle, contrat et obéissance" pour faire en sorte que l'action se déroule dans un contexte de "dépassement de soi, soutien, confiance et discipline". C'est en effet sur une telle scène que les managers pourront pleinement tirer parti de leur potentiel.

La pièce se déroule en 3 actes : processus entrepreneurial, d'intégration, puis de renouvellement. Les managers y jouent de nouveaux rôles : entrepreneurs (acteurs), entraîneurs et intégrateurs (metteurs en scène), leaders indiquant la vision et la raison d'être (producteurs). Ce modèle présente un éclairage intéressant par rapport à la littérature sur les compétences, et souligne l'importance du casting (recrutement) et des répétitions (formation et développement des hommes).

Le théâtre n'a pas pour seule fonction de distraire, mais aussi de rappeler les valeurs morales essentielles aux spectateurs. La morale de l'histoire est ici que les entreprises créent par les individus de la valeur pour la société. Ghoshal et Bartlett nous offrent le scénario pour aider les managers à jouer leur rôle dans cette saga.

 

La Haute Performance __________________________

Diverses techniques sont à disposition des dirigeants d'entreprise afin de motiver leurs employés, et d'atteindre ainsi des niveaux de performance exceptionnels.

Certaines entreprises doivent leur réussite au zèle et à l'efficacité de leurs employés. Elles ont su combiner réussite de l'entreprise et satisfaction personnelle. A travers l'étude de ces sociétés, cet ouvrage montre qu'il existe diverses façons d'atteindre ce type de performance.

Le personnel est performant parce qu'il est fier de ce que représente l'entreprise et de ce à quoi il contribue. Cette stratégie nécessite que l'on construise une image d'entreprise forte et que l'on rappelle sans cesse au personnel les priorités de l'entreprise.

La haute performance provient du fait que les objectifs personnels sont perçus comme un défi à relever, et non comme une contrainte. Cela suppose de communiquer les performances de façon transparente.

Des employés, choisis pour leurs profils d'entrepreneurs, donnent le meilleur d'eux-mêmes parce que leur goût du pouvoir et leurs ambitions financières sont comblés. Cette stratégie requiert de laisser une grande part d'autonomie dans le travail ainsi que des perspectives d'évolutions intéressantes.

Les individus qui trouvent un équilibre dans le travail sont prêts à s'investir pour leur entreprise. Pour cela, celle-ci doit reconnaître leur valeur personnelle, les motiver et leur permettre d'évoluer.

On peut motiver le personnel en multipliant l'attribution de récompenses.

En 1957, Chris Argyris a mis en évidence le conflit entre les besoins des individus et ceux de l'organisation pour laquelle ils travaillent. Depuis cette époque, les chercheurs et les managers ont tenté de définir les mécanismes qui permettraient d'atteindre l'épanouissement individuel tout en développant une performance remarquable de l'organisation. Les propres travaux d'Argyris, publiés dans "Integrating the Individual and the Organization" ont été une tentative, encore insatisfaisante, de combler ce fossé qu'il avait contribué à identifier.

Jon Katzenbach apporte une contribution nouvelle qui fera autorité sur ce sujet. Ses précédents travaux, portant sur les équipes à haute performance, lui ont fourni un cadre solide d'analyse de l'efficacité des groupes. Une application ultérieure de ses travaux a apporté un éclairage nouveau sur l'efficacité des équipes dirigeantes : un sujet important, largement identifié dans le monde de l'entreprise, mais sur lequel peu de choses avaient encore été publiées. Dans ses travaux actuels, il développe sa réflexion au niveau organisationnel.

Mettant à profit son expérience de consultant et de chercheur, Jon Katzenbach propose une série d'études de cas, soigneusement conçus, pour illustrer comment performance individuelle et performance de l'organisation ont été combinées. Ces descriptions, particulièrement riches, permettent de saisir ce qui fait la spécificité des organisations décrites et des solutions qu'elles ont choisies. Il reste fidèle à ses observations et évite une simplification excessive, trop fréquente dans les textes de management. Ses "5 chemins de la haute performance" sont plus illustratifs que mutuellement exclusifs ou exhaustifs. Il prend ainsi en compte le fait qu'il n'y ait pas de réponse simple à ce problème, et qu'il existe de nombreuses et diverses façons de réussir. Il évite de faire artificiellement entrer les exemples dans des catégories simplifiées, qui négligeraient le caractère distinctif de chaque organisation et de chaque contexte.

Cependant, les "chemins" apportent une vraie valeur car ils identifient des approches générales dont les entreprises pourront s'inspirer. Par exemple, le chemin de la "culture entrepreneuriale" suggère une route que pourraient emprunter de nombreuses entreprises de la nouvelle économie.

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /Mars /2006 19:11

Acquisitions_________________________________

Philippe C. Haspeslagh et David B. Jemison indiquent les principes de la démarche à suivre pour gérer avec succès l'intégration d'une société acquise. Ils montrent en particulier qu'il est important de distinguer entre 3 grands cas de figure, selon la situation des 2 entreprises rapprochées. Et décrivent les principales étapes du processus d'intégration dans chacun des cas.

On ne nous a jamais présenté les acquisitions sous un angle aussi large. Ceux qui ont abordé ce thème, l'ont traité sous l'aspect financier ou organisationnel. Les premiers conçoivent l'acquisition comme une transaction financière. Ils ne prennent en compte que la valeur des actions. Oubliant complètement d'aborder ce qui doit se passer pendant les mois, voire les années, qui succèdent à la transaction. Les autres, ceux qui s'intéressent aux problèmes d'organisation, ne parlent que de choc culturel, de perte d'identité. Oubliant d'aborder le contexte stratégique dans lequel doit se passer l'acquisition.

Philippe C. Haspeslagh et David B. Jemison ont abordé ce sujet sous l'angle du management stratégique. Ils partent des enjeux stratégiques. Ils posent le problème en termes de création de valeur. Ils considèrent l'acquisition comme un projet. Enfin ils intègrent les problématiques relevant de la fusion de deux organisations, de leur culture et de leurs procédures. Tout cela les amène à proposer une démarche de mise en œuvre ayant pour objectif de créer de la valeur en développant de nouvelles compétences.

En procédant de la sorte, ils ont considérablement amélioré notre perception de l'achat d'entreprises. Réussir une acquisition suppose, avant tout, de maîtriser deux processus. D'une part, celui de décision. Il doit permettre d'identifier une cible qui correspond aux enjeux stratégiques et d'anticiper les actions à conduire après la négociation. D'autre part, le processus d'intégration, le seul à permettre de créer de la valeur. Le résultat de leurs recherches modifie considérablement notre vision de la phase post-acquisition. Compte tenu du contexte stratégique, le processus d'intégration peut en effet revêtir une des trois formes génériques suivantes: l'absorption, la préservation ou la symbiose. C'est nouveau. C'est utile pour guider l'action.

De façon plus générale, les enseignements que Philippe C. Haspeslagh et David B. Jemison promulguent sont instructifs pour réfléchir au développement de nouvelles compétences stratégiques. Quiconque veut faire évoluer le savoir faire de son entreprise doit gérer des frontières, réconcilier des besoins d'interdépendance et d'autonomie, créer un processus de mise en œuvre qui se traduira par de la création de valeur, mettre en place un processus d'apprentissage permanent. Que ce soit sur la base des ressources actuelles, de joint venture, d'acquisitions ou d'alliances.

 

Fusions-Acquisitions___________________________

Plus de la moitié des fusions-acquisitions se soldent par un échec, souvent en raison d'une mauvaise gestion du rapprochement culturel. Charles Gancel, Irene Rodgers et Marc Raynaud nous alertent sur les principaux écueils et nous invitent, conseils à l'appui, à "construire un pont" entre les cultures d'origine.

Les trois experts en management interculturel, cités précédemment, évoquent les conditions actuelles de la réussite en matière de fusions-acquisitions et d'alliances stratégiques. Ils précisent à travers un sous-titre, ce qui constitue à leurs yeux la clé du succès : l'art et la manière de construire des ponts et de tisser des liens durables entre des cultures d'entreprises sollicitées à cet effet. En parcourant le sommaire, le lecteur éclairé et le praticien vont être vite séduits : le choix des problématiques abordées, leur formulation claire et concrète tapent vraiment juste. La magie impressionniste mise en place fonctionne. "L'oeil de mouche" donne un certain relief au paysage. On est bien au coeur du sujet !

Charles Gancel, Irene Rodgers et Marc Raynaud s'ingénient dans chaque chapitre à révéler un aspect pertinent de la complexité du propos, et à fournir des éléments utiles à la mise en oeuvre de solutions possibles. Ce mode de lecture pluriel, qui procède par touches successives, permet en fin de compte de dépasser le sentiment de juxtaposition apparente des questions posées.

Charles Gancel, Irene Rodgers et Marc Raynaud, consultants, issus d'InterCultural Management (ICM), forts de plus de 18 années d'expérience dans le domaine des fusions d'entreprises, sont tournés vers l'action et proches des faits. Ils n'abusent pas d'abstractions théoriques superflues et leurs recommandations argumentées évitent la caricature. La compréhension générale du texte est facilitée par un souci de clarification de notions fondamentales, de nombreux exemples bien choisis dans un vaste répertoire, quelques schémas pédagogiques évocateurs, des mini-cas illustrant les analyses produites.

Gancel, Rodgers et Raynaud présentent une somme de réflexions et de propositions qui restitue l'état de l'art. Ils permettent d'enrichir et de faire varier notre regard sur les aspects de la réalité économique, sociale et surtout culturelle. Ces aspects s'incarnent dans les différents mouvements de fusions, d'acquisitions et d'alliances stratégiques contemporains.

 

Réussir une Alliance___________________________

Joel Bleeke et David Ernst présentent les résultats d'une étude de McKinsey sur 50 cas d'alliance ou d'acquisition internationale en Europe, aux États-Unis, et au Japon. Ils montrent dans quelles conditions il vaut mieux procéder par l'une ou l'autre voie pour pénétrer un nouveau marché. Ils nous présentent ensuite les principes à respecter pour réussir une alliance.

Les rapports de Joel Bleeke et David Ernst méritent qu'on s'y attarde. Plus que cela : c'est un exemple de ce que l'on peut faire de mieux à la confluence du monde des affaires et du monde académique. Ils contiennent en effet des enseignements tout à la fois pratiques et en prise directe sur les développements les plus récents en matière de recherche et de théorie. Ainsi, ils remettent en cause un certain nombre d'idées reçues : par exemple en soulignant le véritable niveau de performance des multinationales japonaises à l'étranger ; ou bien en expliquant pourquoi il est erroné de vouloir obtenir le contrôle des alliances que l'on construit ; ou encore en rappelant que sous certains aspects le marché américain est aussi fragmenté que le marché européen.

Joel Bleeke et David Ernst confirment une idée extrêmement importante, avancée par certains chercheurs sur l'internationalisation des entreprises, mais restée relativement inaperçue jusqu'à ces dernières années. A savoir : la stratégie n'est pas une question de décisions clés et de mouvements spectaculaires, mais d'efforts continus, d'avancées progressives guidées par la vision de ce que l'on peut et veut créer. Le stratège, celui qui réussit, n'est plus seulement le décideur audacieux qui élimine son adversaire parce qu'il sait jouer quelques cartes maîtresses au moment opportun. Mais celui qui, par essais successifs, pas à pas, consacre ses efforts à bâtir un système créateur de valeur.

La conduite des affaires ne doit pas être réduite à un wargame. Cette métaphore guerrière reste populaire mais est aussi trompeuse qu'éclairante. Quelle valeur la guerre peut-elle bien créer ? Pourtant, c'est bien de cela qu'il s'agit. Et pour créer de la valeur, il n'y a pas de recette miracle. Joel Bleeke et David Ernst le soulignent bien. Aucune décision majeure, comme de s'engager dans une alliance ou une acquisition, n'est en soi créatrice de valeur. Celles-ci n'ont de sens que si elles s'inscrivent dans une trajectoire constituée d'avancées cohérentes dans la construction d'une organisation tendue vers un objectif stratégique. Réussir ses alliances suppose en particulier d'avoir su bâtir les compétences nécessaires à force d'expérience et de travail. Et de consacrer les efforts nécessaires pour réellement créer la valeur anticipée. Une alliance ou une acquisition ne doit pas être conçue comme un moyen facile de capturer de la valeur : ce serait une illusion. Ni comme un coup porté à "l'ennemi" : ce serait se tromper d'objectif. Voire une erreur : vous aurez peut-être un jour besoin de votre "ennemi" pour réaliser des intérêts stratégiques communs !

Mode de Survie de la Culture d ’Entreprise________

La culture d'entreprise est souvent une notion déroutante. On peut en effet en observer l'existence en de multiples circonstances : lors de visites d'entreprises, lors de négociations avec des partenaires, lors du rapprochement de 2 entités, etc. Pour autant, la notion de culture est difficile à appréhender. S'agit-il des valeurs affichées ? De la façon de se comporter avec les autres ? Des habitudes de travail ? Et comment la faire évoluer si elle semble inadaptée ? Edgar H. Schein nous apporte des réponses concrètes à ces questions qui reposent sur des décennies de recherches et de pratique de la part d'un expert qui fait autorité en la matière.

A l'aube du XXIe siècle, il apparaît évident que les dirigeants vont devoir développer leurs compétences en matière de culture d'entreprise, qu'il s'agisse d'en faire le diagnostic, d'en tirer parti ou de la faire évoluer. Les frontières entre organisations sont en effet de plus en plus mouvantes, du fait des phénomènes de fusions, d'acquisitions, d'alliances et d'outsourcing. Le rapprochement de Renault et Nissan, Citicorp et Travelers ou Daimler et Chrysler en sont de récents exemples. De même, au sein des entreprises, les parcours individuels requièrent une capacité d'adaptation culturelle accrue. Les carrières sont devenues des voyages entre niveaux hiérarchiques, fonctions, entreprises, secteurs d'activité et pays.

Dans cet environnement marqué par le changement permanent, la culture d'entreprise s'avère parfois une attache à des pratiques autrefois performantes, mais aujourd'hui inadaptées. Le paysage économique est jonché de fusions ratées, de discordes entre équipes de direction, d'efforts de changement sans effet et de managers écartés de leur organisation. Savoir gérer les impacts de la culture est ainsi un défi à la fois stratégique, tactique et personnel pour les dirigeants.


Ed Schein a travaillé sur ce sujet pendant des décennies. Sa structuration de la culture en 3 niveaux - manifestations visibles, valeurs proclamées et croyances tacites partagées - est désormais largement reconnue dans le monde universitaire et de l'entreprise. Surtout, il a travaillé avec des dirigeants pour les aider à comprendre et faire évoluer la culture de leur entreprise. Ses enseignements sont donc précieux. En particulier, il nous alerte sur les dangers d'une approche adoptée par un trop grand nombre de consultants : réalisez un questionnaire, mesurez ainsi votre culture, élaborez une vision, énoncez les nouvelles valeurs, et proclamez la victoire ! En effet, la culture est le résultat unique et imprévisible de l'expérience collective - et à ce titre défie les modèles simplistes. On peut par exemple mettre en évidence que DEC et Ciba-Geigy se considéraient chacune comme "une grande famille". Mais celle de DEC était composée d'adolescents rebelles défiant leurs parents, tandis que celle de Ciba-Geigy rassemblait des enfants sages et obéissants. Comment alors imaginer pouvoir réduire la culture à quelques dimensions simples et prédéfinies !

Schein parvient à nous proposer une description claire de la culture dans toute sa complexité. Il nous montre à quel point celle-ci est multiforme, profonde et cachée, mais peut être analysée et gérée si les dirigeants s'en donnent les moyens. Il conseille sagement aux managers d'éviter de partir avec l'idée de changer la culture. Il les incite plutôt à imaginer d'abord comment tirer parti des forces de la culture existante pour obtenir les changements souhaités et ne chercher à faire évoluer que les aspects réellement contre-productifs de la culture. Transformer une culture est en effet un processus long et difficile, qui nécessite d'avancer par essais progressifs, avec humilité.

 

 

Par ITH Kantharith - Publié dans : I. STRATEGIE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus