Stratégie de Service _____________________________________
Pour réussir les distributeurs doivent, d'une part, continuer à s'adapter à la complexité du marché européen, notamment l'identité propre de chaque marché local, l'euro qui rendra inévitable les comparaisons transfrontalières de prix, et, d'autre part comprendre les besoins et attentes, de plus en plus complexes et évolutifs, des consommateurs.
Parmi ces principales attentes, "moteurs" des comportements d'achats des consommateurs, on retrouve :
- l'efficacité : accessibilité, choix du mode d'achats, "tout sous le même toit",
- la personnalisation : réponse adaptée, identification, lien, réassurance,
- la valorisation de l'expérience : découvrir, apprendre, socialiser,
- la valorisation du temps,
- la valorisation de l'argent.
Les nouvelles stratégies de service de la grande distribution visent donc à répondre à une double exigence : offrir aux consommateurs européens des infrastructures à la pointe de la modernité, tout en répondant à leurs attentes et en préservant leur qualité de vie.
Les distributeurs deviennent des " prestataires " qui offrent un accès global :
- choix des interfaces de communication, de distribution et de transaction,
ainsi qu'une réponse globale
- le "tout sous un même toit" mais aussi le "n'importe quoi, n'importe où, n'importe quand".
Les distributeurs deviennent des "entremetteurs" :
- mieux connaître les clients, segmenter les clients, proposer une offre différenciée aux différents segments,
- développer un marketing du lien offre/demande,
- pour ce faire, développer les synergies avec les industriels.
Le management de l'information - e-procurement, supply chain management, ERP, CRM -, devient la première source de création de valeur. Les nouveaux canaux de distribution permettent de servir différents clients à différents moments et ainsi de développer la valeur de l'offre. Calculer le coût de service au client, canal par canal de distribution, est un enjeu essentiel.
Enfin, pour se différencier, les distributeurs doivent passer de la notion de "valeur" :
- prix/qualité/service, à la notion de "valeurs" :
- temps, expérience, identification, environnement, santé, éthique, etc.
Ainsi Walmart et Leclerc ont choisi d'étendre le champ et le contenu de leurs offres, tout en restant dans leur activité traditionnelle. Carrefour et Tesco se transforment, eux, en véritables "gestionnaires de la vie courante". Dans les deux cas l'enseigne devient "une marque ombrelle" capable d'offrir différentes expériences et capable de proposer la réponse la plus adaptée à chaque segment, afin de mieux satisfaire et fidéliser les clients.
Stratégie de Service Performante et Rentable______________
Heskett, Sasser et Schlessinger se consacrent à la mise en œuvre d'une stratégie dans les services. Ils rappellent les deux piliers sur lesquels repose la satisfaction des clients : la performance du service et la qualité du contact avec le client. Ils décrivent ensuite les principaux leviers d'une stratégie de service rentable.
En s'appuyant sur des analyses qualitatives et quantitatives, Heskett, Sasser et Schlessinger montrent l'importance de bien gérer la relation avec les clients. Plus les clients ont l'impression d'être bien servis, plus ils accordent de valeur au produit. Et plus ils sont fidèles à l'entreprise. Ce qui, in fine, se traduit par une rentabilité élevée.
Heskett, Sasser et Schlessinger n'adoptent pas pour autant une vue simpliste. Contrairement à certains de leurs pairs, ils n'affirment pas qu'il suffit de "satisfaire le client". Et que le service est une recette miracle pour faire des profits. Ils rappellent que le client est avant tout intéressé par un résultat. Et que le service n'est qu'un des ingrédients du succès. Ils rappellent aussi que la stratégie de service n'est pas une voie facile vers le succès. En effet, il ne suffit pas de d'afficher son intention de mieux gérer sa relation avec ses clients. Il faut aussi s'en donner les moyens : sélectionner ses clients, avoir une vision stratégique du service que l'on veut leur fournir et former des équipes capables de nouer des liens étroits avec les clients. De surcroît, il faut faire en sorte que les personnes au contact des clients soient motivées par la tâche qui leur est confiée.
Pour mettre en œuvre la spirale du succès que décrivent Heskett, Sasser et Schlessinger, il faut agir simultanément sur les clients et sur l'organisation. En effet, d'une part, il faut identifier et mettre en œuvre les comportements auxquels les clients seront sensibles. D'autre part, il faut sélectionner, former et motiver les employés pour qu'ils développent une relation privilégiée avec les clients. Heskett, Sasser et Schlessinger indiquent les leviers sur lesquels il faut agir. Et expliquent comment chaque levier, combiné aux autres, contribue au succès de l'entreprise.
L’Intimité Client_________________________________________
Fred Wiersema présente la stratégie "d'intimité client", qui vise à acquérir un avantage concurrentiel par la capacité d'offrir une solution parfaitement adaptée aux besoins propres de chaque client.
Les tailleurs de Hong Kong sont connus pour leur talent et leur rapidité. Mais, il en est de 2 types. Les meilleurs requièrent trois séances d'essayage et d'ajustement pour la confection d'un costume. Les moins bons se contentent d'une séance de prise de mesures. Peu de clients voient a priori la nécessité de se rendre 3 fois chez leur tailleur pour un costume. Pourtant, s'ils font confiance au tailleur, ces essayages répétitifs sont un voyage à la découverte de leurs propres goûts et de ce qu'ils attendent vraiment d'un costume. A la fin, le client est content non pas parce qu'il obtient ce qu'il voulait initialement, mais parce qu'il sait que ses besoins spécifiques ont bénéficié du maximum d'attention.
Fred Wiersema pense que c'est dans ce genre de " relation intime " avec le consommateur que les entreprises doivent désormais chercher leur salut. Sur la base d'une intéressante collection d'exemples, il élabore le concept de " l’intimité client " : fournir un produit ou un service de qualité au delà de ce qui est explicitement demandé, sur la base d'une compréhension en profondeur des résultats que le client est en droit d'attendre.
L'une des idées les plus intéressantes de Fred Wiersema est de suggérer un nouveau rôle pour les fournisseurs : un fournisseur, grâce à son point de vue extérieur et détaché de la situation du consommateur, est en bonne position pour aider son client à définir ses besoins réels. Le marketing devient proche de la tâche de l'anthropologue qui garde l'esprit ouvert pour explorer, par l'observation et le dialogue, la nature des besoins du consommateur. On est loin du fournisseur omniscient qui se contente de chercher à classifier son client dans une segmentation préétablie. Cette conception éminemment contemporaine de la relation client-fournisseur a certainement un bel avenir devant elle.
Un autre aspect intéressant est l'importance donnée à la créativité. Comme dans le concept de "Value Innovation" de Kim et Mauborgne, il est suggéré ici d'aller au-delà de la demande exprimée, de re-conceptualiser sans cesse le produit.
Fred Wiersema a le mérite de reconnaître et de traiter les difficultés de mettre en œuvre une relation d'intimité. Il insiste particulièrement sur la notion de confiance. Il me semble quant à moi qu'il sous-estime la difficulté pratique de communication dans le contexte de ce type de pratiques. Les relations intimes sont par nature proches de l'impolitesse. Si on travaille sur des demandes non exprimées, il faut faire preuve de tact et de persuasion.
D'autre part, l'intimité nécessite un changement de mentalité du consommateur auquel l'esprit frondeur des français n'est peut-être pas tout à fait prêt : le fournisseur est supposé éduquer, intervenir dans la définition des attentes et enseigner le meilleur usage des biens et des services fournis. C'est l'anti self-service.
L’Economie d’Expérience__________________________________
Au cours du siècle, les services ont progressivement pris le pas sur les produits dans la création de richesses. James H. Gilmore nous annonce l'émergence d'une nouvelle génération d'offres, destinée à supplanter à leur tour les services : l'offre d'expériences. Pour Gilmore, face à la banalisation progressive des services, les entreprises vont devoir se différencier en proposant à leurs clients de vivre de véritables expériences, uniques et mémorables. Il nous indique pourquoi, et comment y parvenir.
Le sujet principal de Gilmore est séduisant pour un manager : ne vendez pas des services, qui ne sont qu'un "ensemble d'activités intangibles" vendues à bas prix et faibles marges ; vendez des expériences, des "événements mémorables, à des prix et marges plus élevés". Pour cela, redéfinissez et réorganisez votre activité non plus autour de produits ou services, mais autour d'expériences.
Gilmore défend leur thèse avec cette déclaration extrême : "l'histoire du progrès économique consiste à facturer ce qui a un jour été gratuit". L'implication, bien sûr, est que les clients accepteront volontiers de payer un prix plus élevé pour vivre une expérience. Christensen (auteur de The Innovator's Dilemma) répliquerait que ce type de stratégie ouvre la porte à des concurrents capables de proposer des fonctionnalités équivalentes à un prix plus faible, prenant ainsi la plus grande part du marché au détriment de ceux qui cherchent à créer une expérience à forte valeur.
Une critique que l'on pourrait faire à Gilmore est de présenter la mise en scène d'expériences comme la future pierre angulaire de la stratégie d'entreprise. Une approche qui risquerait de résulter en une série d'artifices concoctés pour le client, joués par des amateurs dont beaucoup seraient rapidement déçus de leur travail.
En fait, Gilmore a développé une analogie, fondée sur une vision partielle des facteurs de succès des entreprises. Il faudrait la replacer dans le contexte des autres facteurs de succès. La réussite de Southwest Airlines, par exemple, est sans conteste due non seulement à sa capacité de faire vivre à ses passagers une expérience unique, mais aussi à ses prix parmi les plus bas du marché ! Ainsi, les recherches menées par mes collègues et moi-même suggèrent que la valeur pour le client vient de plusieurs facteurs : Le résultat qu'ils reçoivent ; La façon de livrer ce résultat ; Le coût d'accès au produit ou service ; Le prix du produit ou service.
James H. Gilmore se concentre sur le deuxième de ces aspects. Ce que Michael Hammer appelle "le sourire du chauffeur de la limousine", qui ne remplacera jamais la limousine sans laquelle il n'y a pas de résultat.